Les petites filles adorent se faire peur… Les grandes aussi.
Je ne te connaissais ni des dents, ni des lèvres, pourtant nous avions très vite échangé une étrange intimité à travers une relation épistolaire torride où nous nous vouvoyions à dessein. Tu habitais loin, le jeu risquait de ne se cantonner qu’à des mots pendant très longtemps.
Et puis tu es venu à Paris. "Un rendez-vous d’affaires" disais-tu, qui pouvait se prolonger en ma compagnie. Je ne suis pas née de la dernière pluie, et sais comme le passage du virtuel au réel peut être brutal. Je décidai donc de te retrouver dans la chambre coquette d’un hôtel, les yeux bandés, offerte à toi, sans jamais te voir.
Cinq minutes avant d’arriver tu m’avais appelée pour me prévenir. J’avais couvert mes yeux d’un foulard de soie et avais attendu sagement assise sur le lit, le corps paré d’une dentelle poudrée et d’escarpins noirs. Ces cinq minutes, c’est mon cœur chamade qui en a fait le décompte tant l’excitation pulsait dans mes tempes, tant l’appréhension gonflait dans ma gorge sans y avoir été invitée.
La porte s’est ouverte et j’ai entendu tes pas discrets sur le sol carrelé, le bruit de la veste que tu as retirée, j’ai senti l’effluve léger de ton eau de toilette, fraîche, masculine, inconnue. Tu t’es penché, tu as posé tes lèvres sur mon cou et tu es remonté jusqu’à mes lèvres et l’effronterie de ton baiser m’a retourné les sens. Quand tu as cessé, tu es venu chuchoter à mon oreille :
« Bonjour mademoiselle, vous êtes vraiment ravissante… »
J’ai ri un peu nerveusement, de tes mains expertes tu as saisi mes hanches et tu m’as fait glisser sur le couvre-lit et tu es parti à la découverte de mes secrets. Comme une captive dont la privation de la vue retire toute initiative, je me suis laissée faire, lascive. D’un geste sûr tu as m’as débarrassée de mon écrin de dentelles et j’ai senti tes doigts me fouiller avec la précision d’un orfèvre, tes lèvres et ta langue me manger comme un fruit. Tandis que je me tortillais comme une anguille, la perception de tous les sens qui me restaient, en était décuplée.
Parfois j’essayais de reprendre le contrôle de la situation, je n’ai pas l’habitude de me laisser faire sans riposter, mais tu ne m’en as pas laissé la possibilité. Tu faisais claquer ta langue sur ton palais en signe de désapprobation et continuais ton œuvre, oserais-je dire "bienfaitrice" ?
Ton autre main à plat sur mon pubis pour m’immobiliser, tes doigts sont devenus plus invasifs et ta bouche plus audacieuse. Le fourmillement de mes reins s’est fait plus intense et puis j’ai eu une impression soudaine de silence avant la tempête, comme une pause avant que mon plaisir ne jaillisse comme un allegro forte qui m’a laissée le souffle coupé quelques minutes sur le flanc.
Tu es remonté à ma hauteur et tu m’as soufflé :
« Remettez vous ma chère, je n’en ai pas terminé avec vous ! »
En m’accusant de tricher, tu as réajusté mon bandeau alors que pour rien au monde je n’aurais voulu pêcher par curiosité. Tu m’as fait rouler sur le ventre et placé un oreiller pour surélever ma croupe. Puis tu as écarté mes cuisses. A cet instant, je me suis sentie offerte, impudique et chienne, frissonnant et jubilant que tu devines mes attentes sans avoir besoin de te les dire.
Tu as joué quelques instants en caressant ma fente frémissante du bout de ton épée et puis tu m’as fendue impudemment, sans demander ton reste. Chaque assaut était la promesse d’une volupté croissante, je t’accompagnais ondulante, parfaitement à l’écoute du rythme que tu m‘insufflais, titillant de concert mon petit bouton électrisé. Je me sentais pleine de toi, habitée, ravagée. Tu ne m’as pas lâchée jusqu’à ce qu’un orgasme explosif vienne me déchirer les entrailles.
Nous sommes restés là, emboités, sans parler, une éternité, peut-être deux. Et quand exsangue je t’ai senti approcher ton visage du mien et me souffler :
« Voulez vous me voir à présent… »
Je n’ai pas répondu tout de suite. Je connaissais tes mains, ta bouche, ta queue, avais-je vraiment envie d’y mettre un visage ? J’ai finalement acquiescé et quand la lumière jaune de l’été eut fini de m’éblouir j’ai plongé dans tes deux jolis lacs bleus qui me fixaient. Après ça, comme un cliché, nous nous sommes tutoyés…
Les petites filles adorent se faire peur, mais elles aiment aussi que les histoires se terminent bien… Les grandes aussi.





Prem’s! Yououh!
Ceci ne sera pas un commentaire. Que pourrais-je bien commenter? Difficile pour moi de le faire tant la qualité du texte se suffit à lui-même. La fadeur des quelques mots que je pourrais écrire ici n’arriveront pas à la cheville de ceux rédigés plus haut et leur pouvoir de suggestion. Je ne suis pas un lecteur habituel de littérature érotique ni un homme ayant expérimenté ce type de rencontre. Pour autant j’ai pris un immense plaisir à lire ce texte qui est une invitation au fantasme. Je n’en dirai pas plus, l’auteure sait l’immense bien que je pense de sa plume érotique et de ce texte en particulier (avec "Ce que sème le vent"). Merci pour ce voyage au pays des sens.
Merci Lorenzo, tu sais toute l’importance que j’accorde à tes critiques…
Etre privé de certains de ses sens, apporte une dimension autre… surtout dans certains jeux, et là ce jeu, en plus avec un "inconnu" au réel… oui.
Maintenant, si cela reste un récit imaginé, tu décris très bien tes sensations, je suppose que tu as mélangé des souvenirs. Si le récit est réel… il manque peu de choses : le son du silence, de certains bruissements, des odeurs, des humeurs, etc. qui maintiendrait plus en état de grâce le lecteur. Enfin à mon humble avis.
Très jolie plume Marla, mais franchement est-ce utile de le préciser ? Tu le sais.
Tu as raison, j’aurais pu m’installer plus, mais j’ai eu peur d’être indigeste… Merci d’être passé, je te souhaite une belle journée.
un peu froid ta réponse. pardon si je t’ai offensé.
Oh non, pas du tout… Je trouve ta critique constructive au contraire. Je suis au boulot, excuse moi si j’ai été lapidaire. Je t’embrasse.
Comme une fille anglaise qu’habite en france c’est vraiment beaucoup plus qu’un education que j’ai recu entrain de lire ton blog. Alors je te remerci, c’etait vraiment bien! Et de m’apprends des mots il vas jamais t’apprends a l’ecole!
J’adore le concept de te savoir perfectionner le français avec nous. Merci de nous lire <3
mmmmm, c’est bon ça.
Oui ça l’était en effet…
Des frissons, délicieux, et envie de fermer les yeux pour imaginer et sentir…
C’était le but, contente que ça ait fonctionné pour toi
J’adore ces petites histoires qui se terminent bien et qui à l’instar de leurs héroïnes, sont bien remplies! félicitation.
Merci…
très joli texte cela donne envie…
A "l’aveuglette" Marinella,
J’ai pris tes cuisses pour tes bras,
et quand je m’en suis aperçu,
j’avais mes lèvres sur ton cul…
(vieille chanson qu’on chante par chez moi,
sur l’air de "Marinella" bien entendu)
Au fait,
et si il avait été moche?
genre a faire peur aux enfants,
genre qui pique les yeux..
Ca aurait été une douche froide non?
Ou ca s’anticipe ce genre de truc,
style méthode Coué : s’il est moche c’est pas grave,
s’il est moche c’est pas grave, s’il est moche c’est pas grave, s’il es…
Je pense que s’il avait été laid à faire peur, il n’aurait pas proposé que je retire le foulard… Qu’en penses-tu ?
Un peu cucul la praline tout ça quand même : ça sent un peu la prof de province mal baisée qui s’emmerde avec son mari. Enfin bon ce que j’en dis… le courtois Lorenzo n’a pas bien l’air de cet avis.
Quoi qu’il en soit, je suis de plus en plus surpris par les fantasmes des filles actuelles, presque plus désireuses de se prêter que de se donner… Je connais une ribambelle de filles exquises, ayant vraiment toutes les qualités propres à l’émerveillement des hommes, mais si inaptes à l’amour qu’elles rêvent petits hôtels, hommes mariés, boites à partouses, et autres fanfreluches confites en néo-romantisme factice…
C’est assez attristant, toute cette quincaillerie romanesque, au fond plus esthétique qu’érotique. Les hommes sont naturellement désemparés par les femmes, et même expérimentés, l’amour exhume toujours un peu l’adolescent dont ils ont peu à peu appris à faire un homme, moins sans doute par la seule baguette magique de leur entrejambe que par le sortilège d’être entré, et ressorti vivant dans un cœur.
C’est attristant pour les hommes déjà amplement dévirilisés par l’époque – et ce pour mille et une raisons : dévirilisation professionnelle, politique, culturelle, anthropologique, symbolique -, et donc pour les relations qu’ils nouent avec les femmes, lesquelles se plaignent d’ailleurs largement de ne plus trouver d’hommes susceptibles de s’attacher à elles, fût-ce par le cul.
D’où ces bluettes compensatoires à leur écrasant et légitime sentiment de solitude ; ces fadaises affligeantes de vacuité, ne pouvant en définitive qu’éloigner les vrais mecs – ceux qui ne se suffisent pas de bien les baiser.
Très cordialement,
Je suis navrée de vous avoir attristé à ce point par une expérience qui a peut être pris un tour cucul et esthétisant sous ma plume et/ou à vos yeux mais qui reste néanmoins fort réjouissante dans ma mémoire. Je suis d’accord que les femmes mais aussi les hommes ont une tendance actuelle à se prêter plutôt qu’à se donner, cependant ce n’est pas le propos ici. Je finirai en citant Woody Allen qui disait très justement : "C’est sûr, l’amour est la réponse. Mais pendant que vous êtes en train d’attendre la réponse, le sexe pose des questions très pertinentes."
« C’est sûr, l’amour est la réponse. Mais pendant que vous êtes en train d’attendre la réponse, le sexe pose des questions très pertinentes. »
J’aime beaucoup.
Je me devais de citer son auteur, même si c’est un ami Woody (nan je déconne)
Woody est sûrement un ami…qui vous veut du bien !
C’est sur, pas comme d’autres ^^
Je découvre tes mots avec beaucoup de plaisir. J’y reviendrai souvent !
Nous sommes plusieurs sur le blog, une grosse crise de dilettantisme s’est abattue sur ses auteures, cependant je poste demain ici et vendredi sur Megaconnard…
ah ! enfin des news !
Oui pardon on est feignasses un peu… la rentrée toussa ! La vie quoi
oui je sais… moi même suis assez overbooké…
Mais c’est bien, tu nous oublies pas… c’est déjà ça
Les autres je ne sais pas… mais toi… comment t’oublier ?
Héhé… tu m’as interdit de minauder alors je réponds quoi là ?
Sois nature… et puis tu sais bien que la minauderie c’est pas mon fort.
Alors juste merci. Je te préviens mon article de demain est plus de la veine de "Zapper le clito" que de "A l’aveuglette"…
M’en moque. Tu sais bien que j’aime te lire…