Dans les fantasmes de Marla, il y a des hommes qui ne disent rien et se contentent de la prendre sauvagement dans les chiottes d’un aéroport ou sur une couche de fortune. Ils ferment leur gueule se taisent et c’est tant mieux parce que dans ces rêveries-là, même s’ils ont des mains de pianiste, un cul de danseur de salsa et une bouche qui roule les pelles les plus indécentes du monde, il n’y a pas vraiment de place pour la parole.
Mais s’il y a un truc qui me rend folle, ce sont les hommes qui savent écrire, suggérer, et glisser dans certaines phrases qu’ils distillent avec subtilité des doubles sens à teneur érotique ou carrément porno. Je parlais il y a quelque temps des queutards dont le langage du corps, à la fois élaboré et direct me ravit. Je vais parler de ceux qui, parce qu’ils ne peuvent pas, se l’interdisent ou tout simplement aiment faire monter le désir jusqu’à son paroxysme, allument, attisent et liquéfient les sens.
Pour apprécier le jeu, il faut en poser les règles. J’ai lu et entendu tant d’histoires de femmes (et d’hommes) épuisées d’attendre une secousse bien réelle qu’elles n’obtenaient jamais que je me dois de prévenir que cette activité n’est réjouissante que si on connaît les aspirations de son interlocuteur et qu’on n’espère jamais lui extirper ce qu’au fond, par principe, ou par défi, il ne veut pas donner. Le mieux d’ailleurs est d’être dans la même tournure d’esprit.
Je parle ici de l’échange érotique littéraire pour la beauté du geste, pour titiller l’endroit même où les fantasmes les plus inavouables se cachent. Touts les coups sont permis puisqu’ils prennent la forme d’un jeu de rôle dans lequel on se met en scène, de cadavres exquis ou de joutes verbales où la provocation alterne avec le badinage pur et simple.
Les fins de cet exercice sont obscures et personnelles à chacun. Pour ma part, il réactive et enrichit le contenu de ma machine à fantasmes, surtout quand après l’hiver je me suis contentée de quelques rapports hygiéniques pour entretenir ma forme. Pour peu qu’on ait un peu d’imagination, ce qui se devine entre les lignes évoquent presque d’avantage d’interdits que ce qui nous sera donné d’écrire. Le plaisir que ce jeu me procure quand le partenaire est à la hauteur de l’exercice est de l’ordre de l’orgasme cérébral, frustrant par moment mais de toutes façons moins que si on passait à l’acte avec la personne avec laquelle on s’y est adonné.
On peut trouver ça tordu, masochiste même, mais quand on le fait en connaissance de cause, c’est férocement excitant.
L’aventure doit cependant être de courte durée au risque de préférer définitivement l’adrénaline du stupre virtuel, aux endorphines d’un orgasme bien réel…




