Archive | novembre, 2011

Dernier métro

30 Nov

C’est sinistre la porte d’Orléans passée une certaine heure et j’avoue que je ne suis pas super rassurée dans ce wagon vide, à attendre le départ. Surtout que je vais certainement rater ma correspondance. J’aurais jamais du boire autant, j’ai les joues brulantes et certainement une haleine de rhum repérable par n’importe quel nez aguerri. Quand il entre, je le dévisage à la dérobée juste pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un mec susceptible de me faire peur. Il n’en est rien. Il vient s’assoir dans le carré juste à côté du mien. Ce n’est pas comme s’il y avait de la place… Il me regarde avec insistance. Ne surtout pas croiser son regard sinon c’est la fin. J’enfonce mes écouteurs dans les oreilles et commence à regarder mon téléphone, l’air faussement absorbé, histoire de ne lui laisser aucune chance. Mais je sens une pichenette sur mon bras, je tourne la tête et le mouvement de ses lèvres m’oblige à sortir de ma musique…

« Vous pensez que c’est vraiment gênant si j’allume une clope dans le wagon ? »

Il a un léger accent, il n’est pas parisien c’est certain.

« Eh bien c’est à vous de voir… Ça fait un peu adolescent rebelle et vous risquez une grosse amende. Après, moi je m’en fous. »

« Vous en voulez peut être une ? Quitte à faire adolescents rebelles… »

Son sourire en coin est désarmant mais je décline et remets mes écouteurs. Il s’assoit en face de moi et recommence à me parler :

« C’est un genre que vous vous donnez vous, les parisiennes, ou vous êtes réellement des pimbêches ? »

« C’est à dire que je ne suis pas sure que ce soit le mot… » et là je ne sais pas ce qui me prend, mais un début de fou rire m’interrompt. Je reprends ma respiration. L’ivresse est vraiment là et la situation me met dans un drôle d’état.

Je reprends : « En fait c’est juste que je crains de ne pas avoir beaucoup de conversation ce soir. »

« Moi je suis sur que si, on ne se connait pas et donc tout ce que vous pourrez dire va me sembler intéressant. Et puis même si ce n’est pas le cas, j’écouterai votre voix que je trouve fort jolie. »

Là j’éclate de rire tout en empêchant le son de sortir vraiment, j’ai les larmes qui me montent aux yeux, c’est plus fort que moi. Je ne sais pas si c’est l’alcool ou la situation incongrue, mais malgré mes efforts je ne parviens pas à garder mon sérieux. Je le trouve tellement touchant à se démener comme un diable pour lier connaissance…

« C’est mon accent du sud qui vous fait rire ? Vous vous foutez de ma gueule en fait !  » Il dit cela sans colère, juste un peu mutin.

« Mais pas du tout… Je suis désolée… vraiment… » je bredouille, entre deux hoquets hilares. C’est pathétique. Et comme pour conjurer le sort je me lève et viens l’embrasser à pleine bouche, un long baiser qui rajoute à mon ivresse parce que j’ai eu la bonne idée de fermer les yeux. je vacille et viens m’assoir à califourchon sur lui.

« Ah ouais c’est comme ça que vous faites ici… ça a le mérite d’être direct… » me balance-t-il les yeux brillants.

Je pose un doigt sur ma bouche, l’invitant à se taire, puis l’embrasse encore, indécemment. Je ne me reconnais pas quand je défais sa ceinture, descends sa braguette et commence à le caresser alors que sa queue n’est pas encore tout à fait dure. J’esquisse un sourire alors que je le sens durcir sous les va-et-viens effrontés de ma main. Le métro démarre enfin. Je le sens batailler fébrilement avec mon collant, tant et si bien qu’il le file, puis le déchire pour gagner les frontières de la dentelle minuscule qui me sert de culotte. Il la fait coulisser doucement sur le côté pour y glisser un doigt, puis deux.

Alésia, une dizaine de péquins attendent sur le quai, il n’en monte qu’un dans notre wagon, un quadra bon chic bon genre avec une écharpe à rayures et un duffle coat bleu marine, il s’assied à l’autre bout de la voiture et nous tourne le dos. Le métro repart.

Ses doigts dansent à l’intérieur de ma chatte pendant que je le branle de plus belle, il me baise des yeux, un sourire frémissant sur les lèvres et j’ondule à sa cadence, au rythme de son souffle. Je ne pense pas une seconde que je vais pouvoir jouir dans ces conditions, mais c’est follement excitant.

Mouton-Duvernet, notre wagon est épargné par les voyageurs mais sur le quai d’en face, deux jeunes mecs comprennent très clairement ce qui se passe et nous interpellent en riant :

« Ça va,  tranquille les exhibos ?!  »

Seul l’alcool semble m’empêcher de mourir de honte à cet instant. Lui, en revanche est resté très concentré et avec une assurance sans faille,  retire ses doigts, me soulève et m’assoit sur sa pine dont la raideur n’a plus rien d’aléatoire. D’ailleurs lorsque sa queue me fend, je ne peux réprimer un gémissement qui fait tourner la tête de notre indésirable du fond, mais heureusement, il ne semble pas noter notre manège. En tout cas, il fait parfaitement semblant… Je vais mourir de chaud dans mon manteau de laine, mais au moins il nous cache un peu.

Denfert-Rochereau, trois jeunes femmes rentrent en riant et parlant très fort et s’assoient sur les strapontins deux rangées plus loin. Je suis quelque peu troublée par leur présence et tente de m’extraire de l’emprise de mon occupant… En vain.

Il me maintient fermement par les hanches et ses légers coups de reins me font perdre très rapidement le sens des conventions. Je me perds à nouveau dans son regard enjoué et j’oublie le temps d’une danse la laideur de ce qui nous entoure.  Son rythme ralentit, et je le sens glisser sur la banquette pour me pénétrer plus profond encore, je suis liquide. Ses ongles s’enfoncent dans mes fesses pour les écarter et c’est à ce moment précis que je sais que je me suis trompée… Je plonge mon visage dans son épaule pour étouffer un cri libérateur. Montparnasse-Bienvenüe, je reprends mes esprits et il m’aide à reboutonner mon manteau à la hâte pour dissimuler l’état désastreux de mes jambes nues parcourues de toiles d’araignées de nylon.

je me glisse sur le côté et m’assois près de lui, affrontant le regard visiblement entendu d’un type de notre âge, assis dans le carré de banquettes à notre droite. Nous restons silencieux quelques stations. Puis nous descendons tous les deux, métro Strasbourg St Denis.

« Tu fais chier Marla, c’est toi qui me demandes de te montrer comment je t’aurais draguée si tu m’avais laisser faire et tu ne peux pas t’empêcher de saboter tous mes effets… »

Je glousse et attrape sa main. Nous courrons pour ne pas rater la correspondance….