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Bestiaire

23 Oct

On ne part pas faire un trek dans la jungle sans un minimum de préparation.  On lit beaucoup, on achète des trucs indispensables comme des kits de survie ou des repas lyophilisés (on ne tue pas une gazelle tous les soirs pour le diner, hein !). Bref on essaie de jalonner un tant soit peu cette aventure pour éviter un maximum de désagréments…
Quand on s’engage dans la jungle des rencontres, on ne s’arme pas de grand chose : un peu de bagou, beaucoup de sourires et quelques petits signes plus ou moins conscients qu’on envoie pour dire : « Hé mec, je suis disposée à faire un tour de grand huit avec toi, et tous les manèges de la fête foraine si affinités ».
Sauf que… sur le chemin on rencontre quelques spécimens qui sont au mieux horripilants, au pire carrément toxiques. Petite liste non exhaustive des bébêtes à éviter.

Quand on tombe sur l’homme colibri on est stupéfaite, comme lorsqu’on aperçoit l’oiseau homonyme. On le rencontre au détour d’une soirée ou d’une exposition au musée Rodin, il est charmant, volubile, et pas la moitié d’un con, ce qui ne gâche rien. Le truc c’est qu’il a la faculté de nous faire croire qu’on est exceptionnelle : jamais avare de compliments raffinés, ni d’une galanterie quelque peu surannée parfois… mais il est tellement craquant ! Ce qu’on prenait pour de la délicatesse au début commence à irriter au bout de quelques semaines. Il est présent, toujours près à nous mettre les sens en émois avec quelques textos dont il a le secret mais très vite on constate qu’en présence, la carte du tendre nous laisse un peu sur notre faim. On voudrait du concret, du charnel, bref on voudrait sa bite ! Et c’est là que les choses se corsent… comme on est une fille bien élevée (en tout cas, on l’a été un jour ou l’autre), on s’essaie aux allusions à double sens, on suggère un rapprochement en posant la tête sur son épaule lors d’un éclat de rire. Parfois en guise de mise en bouche on a le droit à un baiser passionné juste avant qu’il nous quitte mais rien de plus. On finit par être plus directe, se fourvoyant même à lui dire un J’ai très envie de toi qui nous fait monter le rouge aux joues devant l’air embarrassé qu’il prend en disant :
« Je pensais que nous deux c’était beaucoup plus qu’une histoire de cul… ça me déçoit un peu. »
Là on se dit au choix qu’on est une grosse salope animée par un désir inapproprié face à un mec aussi délicat, ou qu’il a quelqu’un dans sa vie ou pire, qu’il est gay et qu’il ne le sait pas encore. Quoi qu’il en soit, on se remonte le moral et la patience à coup de séances masturbatoires de plus en plus rapprochées. L’histoire se terminera le soir où un peu enivrée et n’en pouvant plus d’attendre un dénouement charnel, on sautera sur le malheureux sur la banquette arrière d’un taxi et qu’il nous repoussera (non sans mal) en nous balançant un cuisant :
« T’es vraiment pas bien toi ! »

Heureusement (du moins, le croit-on), on rencontre peu de temps après l’homme bonobo. Est-ce un heureux hasard ou simplement la logique des choses ?  Celui là est tout sauf frileux. Tout sauf délicat également… C’est un jouisseur, c’est d’ailleurs comme ça qu’on le définît auprès de nos amis quand on parle de lui. Il aime boire du bon vin (un peu trop), faire la fête (jusqu’au coma) et le sexe avec lui est explosif. On révise avec lui notre Kâma-Sûtra entre midi et deux en semaine, on étrenne les chiottes des boites les week-ends, on baise partout, et il nous trouve bandante même en jogging pouilleux et la gueule à l’envers le dimanche. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’on écope d’une cystite ou autre irritation bénigne à cause de sa frénésie inextinguible. D’ailleurs, quelquefois on se demande si c’est vraiment nous qui le mettons dans cet état d’excitation constante ou une avidité nerveuse, la même qui lui fait vider son litron de Saint Estèphe 2005 parce que nous avions trente minutes de retard… Avec lui on parle peu, d’ailleurs on s’en rend compte le jouroù nos règles débarquent inopinément pendant un week-end à la campagne, et qu’il tourne en rond comme un lion en cage. On se sauvera parce qu’on sent bien que sur le long terme on ne tiendra pas la route à ce rythme et que ça commence à couter cher en petites culottes déchirées. On ne peut se résoudre à les acheter en lots chez Carrouf pour le bonheur de monsieur…

Quelques temps plus tard, et après avoir laissé reposer la bête (on ne sort pas indemne de ce genre de rencontres), on se surprend à avoir des envies de sensibilité. Et il se peut qu’au détour d’un chemin on tombe sur l’homme paresseux, pas l’adjectif, l’animal. Il nous touche tout de suite avec son air mélancolique et ses yeux toujours un peu humides. Il faut dire qu’il en a chié le pauvre, il a vécu le supplice avec une affreuse qui lui a brisé le cœur en mille morceaux, qui s’est essuyé les pieds sur son ego et la laissé exsangue sur le bord de la route. Et nous (pauvre idiote), on a bien l’intention de le rafistoler. Ce qu’on ignore, c’est qu’au fond, tout au fond, derrière son sourire fragile et son regard perdu, il y est encore et n’a pas du tout envie de l’oublier cette histoire. Alors on sort des trésors de gentillesse, de bons mots et l’armada de nos talents cachés pour qu’il retrouve la joie de vivre (et accessoirement les yeux secs, parce que ça va cinq minutes les mirettes embuées). Avec un peu de chance, il aura la présence d’esprit de ne pas crier son nom à elle au moment de l’orgasme, et on ne tombera pas sur sa photo qu’il utilise comme marque page pour son agenda. Coup de bol parce que l’ex en question nous ressemble furieusement. En revanche, il se peut qu’un matin, après quelques mois,  il nous balance : « J’ai appris qu’elle était à nouveau célibataire, je ne peux pas vivre sans elle, je veux me donner une chance de la reconquérir… ». Ou que plus heureusement on comprenne que ce regard dans le vague qu’on prenait pour de la richesse intérieure nous apparaisse tel qu’il est… une absence totale de densité.

Ce n’est pas le cas de l’homme Lynx. Il est beau et s’il ne l’est pas, il est brillant ou a une allure folle. On le remarque dans tous les cas. D’ailleurs on s’étonne presque d’avoir retenu son attention en grande fille toute simple qu’on est… Il a la plupart du temps une situation professionnelle et surtout financière enviable, ce qui nous change la vie même si on met un point d’honneur à rester autonome. Généreux il nous couvre de cadeaux. Des vêtements bien coupés toujours près du corps, des bijoux ostentatoires, de la lingerie fine, des diners dans des restaurants qui pètent et des nuits dans des hôtels qui claquent… Il nous conseille de nous coiffer comme ceci, de sourire comme cela, il nous offre même un parfum qu’il adore, à nous qui portions le même avec une fidélité sans faille depuis près de dix ans. Il est très attentif, la preuve, il remarque chez nous la moindre variation de poids de 500 grammes et lorsque le vernis de nos ongles s’écaille ! Il a même réussi à nous convaincre que quand nous nous exprimions avec un peu de passion pour défendre notre point de vue, nous étions agressive et insortable. Nous ne serons ni la première ni la dernière à essayer de lui couper les couilles, non mais !
Peu à peu on s’éteint, on s’écrase, on disparait. Il nous a fait une petite place dans son agenda de ministre, entre ses rendez-vous pro (un métier où on vend du vent, mais avec lequel on gagne un salaire à cinq chiffres au moins) et ses nombreuses activités sportives et il faudrait s’estimer contente. Côté sexe, c’est lui qui décide, comme pour le reste d’ailleurs… Si on prend notre plaisir dans cette position, il ne voit pas pourquoi on devrait varier les plaisirs !  Au bout de quelques mois, voire quelques semaines, on ne se reconnaît plus. D’ailleurs il nous fait remarquer qu’on est devenue lugubre, ce qui aide beaucoup à reprendre du poil de la bête. Avec un peu de chance il y aura probablement une bonne âme pour nous ouvrir les yeux, si on n’a plus la lucidité nécessaire pour voir qu’on est devenue un accessoire de plus dans sa garde-robe, pas beaucoup plus important que sa cravate préférée.

C’est là qu’on peut tomber sur l’homme caméléon. Celui-là n’est pas méchant, disons plutôt collant. Au début, on ne se méfie pas, l’approche est discrète… On peut même penser que le garçon nous envisage simplement comme amie. Il nous a écoutée, il nous a observée sous toutes les coutures, il nous a sentie, il nous connaît presque sur le bout des doigts. Quand il se déclare, il joue sur l’effet de surprise et c’est là qu’il est fort. On ne l’a pas vu venir et on se dit « pourquoi pas ? ». On ne comprend d’ailleurs pas pourquoi on ne l’a pas remarqué plus tôt, ce type là, il a tout compris à notre personnalité complexe, il anticipe chacun de nos désirs et même si ce n’est pas tout à fait le cas, il sait parfaitement nous persuader du contraire. Il nous adore, il nous adule et s’intéresse à tout ce qu’on aime. Au début c’est plaisant, flatteur même qu’il s’extasie sur notre gout très sûr en matière de musique, de films au point de recopier entièrement notre disque dur dédié à cet effet. En public il nous mange des yeux, en privé il est même charmé par le bruit de notre jet d’urine sur la faïence de la cuvette des chiottes. Il peine à rentrer chez lui le dimanche soir quand on veut un peu de solitude et prend un air de victime, quand désireuse de souffler un peu, on lui annonce qu’on part deux jours en week-end avec notre meilleure amie. Il revient un soir arborant un tatouage similaire au nôtre, ou pire, notre prénom dans un cœur sur l’omoplate droite… Il ne dit plus « je » mais « nous » en permanence, ce qui évidemment fait fondre notre mère qui le trouve « tellement mieux que tous les ratés » qu’on lui a ramenés avant. On ne baise pas avec lui, « on fait l’amour » et c’est d’un chiant absolu… Il susurre des mots tendres avec tellement d’intensité qu’on a l’impression d’assister à une sorte de communion solennelle.  D’ailleurs pour atteindre l’orgasme on finit par repenser à l’homme bonobo et ça, ce n’est pas bon signe ! Comme c’est un mec bien, notre mère nous le répète assez, on a un mal fou à le quitter. On finira par faire un truc bien abject pour descendre du piédestal où il nous a perchée parce que c’est la seule solution pour cet homme qui nous vénère jusqu’à nos travers les plus insupportables. D’ailleurs quand il sort de notre vie, c’est pour toujours. Il y a fort à parier qu’on le retrouverait entiché d’une autre femme, dans la personnalité de laquelle il aurait fondu et qu’on le reconnaitrait à peine…

S’il est une rencontre dont on se passerait bien, c’est celle de l’homme mygale. Pourtant quand il entre dans notre vie, on le trouve drôle, franc du collier, simple. Enfin un mec qui dit ce qu’il veut, qui ne promet pas la lune, qui affiche son gout immodéré pour les femmes et ne s’engage qu’à une chose, nous envoyer au septième ciel ! Il le fait relativement bien d’ailleurs, même si on a la vague impression qu’il applique une mécanique bien huilée, inspirée le plus souvent des nombreux pornos qu’il a matés. Il avait prévenu qu’on serait une parmi d’autres, qu’il ne tomberait pas amoureux et pourtant c’est lui qui commence à verser dans la confusion des sentiments. Il lui prend des envies de tendresse, de passer une nuit avec nous alors qu’il mettait un point d’honneur à ne jamais dormir avec ses maitresses. Comme une gourde, on s’imagine qu’il est en train de changer, et que nous sommes même à l’origine de cette métamorphose et on se surprend à envisager la relation autrement. ERREUR ! L’homme Mygale ne change pas, il entame la deuxième phase de jeu, le tissage de sa toile. Parce que sous ses airs légers et amateur de chair, rien ne lui plait plus que d’avoir une cour de groupies transies d’amour pour combler son insatiable besoin de reconnaissance en matière de virilité. D’ailleurs il sait souffler le chaud et le froid avec une maestria redoutable… Quand on tente de s’échapper, il n’a pas son pareil pour se montrer délicieux et attentif, en revanche si on se laisse aller à quelques démonstrations affectueuses, il joue la carte du mec infréquentable auquel il ne faut surtout pas s’attacher. Mais enfin ! Il n’a rien à se reprocher, il nous avait prévenue depuis le début ! Sauf que voilà, c’est trop tard, il y a quelque chose chez lui qui nous attache. Certainement les moments où il nous a raconté son enfance tyrannisée par un père militaire trop sévère ou traumatisée par une mère alcoolique ont touché la corde sensible qui fait de nous des connes irrécupérables parfois… On se dit qu’il y a du bon dans cet homme, qu’on lui souhaite d’être en paix avec lui même. Il nous fait vivre la misère, nous pourrit nos bon moments sans lui, continue à voir ses autres femmes mais exige l’exclusivité. Et on l’excuse… Et on obtempère… On obtempère jusqu’au jour où même notre propre reflet dans notre miroir nous fait gerber, où chaque cerne est un souvenir de larmes versées dans le noir et où le terme « pli d’amertume » prend toute sa signification. Il est toujours temps de fuir même si on n’a rien gagné dans l’histoire.

Tout cela ne serait pas un voyage complet sans l’homme Hyène. Celui-là a un sixième sens, pas ce qu’on appelle l’intuition mais l’art de renifler à des kilomètres à la ronde les éplorées, les fragilisées, les abimées. Rien ne le met plus en joie que d’en trouver une pour la remettre sur pieds. A priori, ça part d’un bon sentiment me direz vous… On le prend d’abord pour un sain ou un passeur au choix : draguer une fille aux yeux bouffis par le chagrin ou sous antidépresseurs n’a rien d’une sinécure, et on est reconnaissante d’être regardée autrement que comme un cas désespéré. Peu à peu on reprend des couleurs. Lui en revanche semble presque regretter ce moment béni où il nous a recueillie comme un oiseau tombé du nid. Il a la fâcheuse habitude de vous rappeler les moments gênants où il a su vous dire les bons mots, eu les bons gestes pour nous sortir de la fange où on s’était embourbée. Il adore dire « Si tu l’avais rencontrée quand je l’ai connue… », aux amis qu’il nous présente. Quand on lui en fait la remarque il nous fait comprendre à demi mot qu’on est une ingrate. Il devient d’ailleurs foutrement désagréable quand on parle d’autres personnes qui nous rendent heureuse. Comment peut-on se permettre de lui enlever son rôle ? Comme la théorie des vases communicants, il sombrera dans une profonde déprime au moment où on en sortira complètement et avec un peu de chance, nous traitera « de salope égoïste » le jour où on partira, épuisée d’essuyer d’incessantes remontrances.

Si on survit à la fréquentation de ces espèces pour le peu néfastes et fort heureusement rares, la jungle des rencontres offre une faune et une flore réjouissante. Il serait dommage de rester chez soi par peur du grand méchant loup… Bon voyage !

Minou, minou, minou…

9 Sep

« Qui de vous mesdemoiselles peut se targuer d’avoir une belle chatte ? »

Cette question volontairement claquée comme un coup de trique par un trentenaire un soir d’ivresse, avait laissé ses quatre interlocutrices sans voix, ou presque… Il y eut bien la plus jeune qui, sans lever les yeux de son Smartphone, répondit avec la même gouaille :
« Moi je la trouve très belle ma chatte… »
Mais les trois autres se contentèrent d’échanger des sourires circonspects voire circonstanciés. Trois dont je faisais partie.

Car pour être tout à fait franche je ne suis pas de ceux qui se pâment devant l’Origine Du Monde de Courbet.
Pas que je trouve cela monstrueux, disons plutôt étrange, mystérieux, déconcertant même parfois. Beau, jamais.
Et finalement c’est quoi une belle chatte ? Un sexe épilé à 100% dont les lèvres symétriques et presque inexistantes rappellent presque la zézette d’une fillette de dix ans ? Ou un sexe réceptif, accueillant, qui sait happer, ventouser, masser un membre plus ou moins susceptible ? Bref, la beauté intérieure tient-elle un rôle dans l’expression « belle chatte » ? J’imagine que oui, même si le nombre d’anecdotes d’hommes réclamant des photos du plus intime de nos attributs tend à prouver le contraire.

La curiosité pousse d’ailleurs certaines d’entre nous à s’asseoir un jour face à un miroir, cuisses écartées pour observer la bête. Force est de constater que ce que notre maman appelait notre « petite fleur » nous saute aux yeux de façon beaucoup moins poétique. Si dès l’adolescence on a eu l’autocritique facile, il y a fort à parier qu’on ne verra dans la glace qu’un millefeuille de chair, plus ou moins foncé, plus ou moins poilu, plus ou moins luisant. Une expérience suffisamment traumatisante pour qu’on considère le cunnilingus comme une épreuve infranchissable et humiliante et qu’on se planque derrière un « Naaaan le cunni c’est pas mon truc… ». quelque temps du moins. Trop Longtemps…

Et là on en vient à vous envier messieurs, sur la possibilité de très vite comparer votre instrument avec celui des petits copains, de vestiaires collectifs d’abord, puis devant un premier porno qui tache, visionné un mercredi après midi en groupe de cinq ou six adolescents … Nous vous envions de pouvoir très vite constater que votre zizi est normal. Certes plus petit que celui de Kevin Durand, çuikalaplugrossedelaclasse, mais NOR-MAL ! Une fille dans les vestiaires, c’est pudique, ça n’écarte pas les jambes comme un cowboy sur un tabouret de saloon et quand on réussit à voir les quelques poils pubiens de notre meilleure copine, on est déjà bien contente. On vit avec la terreur d’avoir avec un truc pas normal entre les cuisses, alors la beauté du truc, on n’y avait même pas pensé…

A chaque première visite chez un nouveau gynéco, on attend d’ailleurs toutes un verdict qui tendrait à nous rassurer ou nous conforter dans le fait que notre sexe n’est ni plus ni moins différent de celui de nos congénères. Certaines se risquent même à poser la question fatidique, n’obtenant du dit médecin qu’un sourire se voulant rassurant ou un vague : « Je n’ai rien vu de notable… ». Pire que tout !

Bien sûr, question pilosité on a bien compris qu’il fallait tailler les haies, éviter l’expansion territoriale de la végétation qui préfèrerait elle, pousser anarchiquement façon jungle. Mais on obtempère, on se plie à ce petit supplice mensuel sous les doigts d’une inconnue qui vous parle de la rupture récente de Vanessa Paradis tout en vous martyrisant la vulve. Quand on sait qu’il y a chez les mecs autant de préférences en matière de pilosité intime que de coupes de cheveux répertoriées, on se colle une pression supplémentaire. Mais finalement, le principal étant d’avoir l’air « entretenue », le poil est en soi un problème mineur, quelque chose qu’on peut modifier à plaisir. Et à déplaisir surtout.

Le véritable objet de nos craintes, voire de notre désamour, ce sont les lèvres. Si Photoshop et les magazines de mode ont eu raison de notre objectivité en matière de silhouette, Sasha Grey (étalon de la chatte à mes yeux) et autre Youporn nous ont créé des complexes tout neufs dès que notre vulve présente la moindre petite irrégularité. Je connais une fille ayant attendu ses 25 ans pour perdre sa virginité sous prétexte que ses petites lèvres étaient « anormalement visibles » et que ses copines de lycée l’avaient surnommée « pendouillette ». La femme est une louve pour la femme… Et le pire des censeurs, c’est nous même. Certains hommes ne sont d’ailleurs pas en reste pour entretenir nos complexes. Un de mes ex, obsédé par la taille modeste de son sexe, me serinait que si j’avais trop d’amants bien membrés, je finirais avec deux escalopes entre les cuisses. Encore une légende urbaine et misogyne pour effrayer les petites dindes en mal de sensations fortes…
Je rappelle à toutes fins utiles, qu’à moins d’y attacher des poids lestés lors de séances sadomasochistes de huit heures tous les weekend, il n’y a pas de femmes que le sexe à haute dose ait déformées. Tout est question de génétique. Alors oui, on peut passer sous le bistouri pour raboter un peu ici ou là et transformer notre chatte ordinaire en Vagina Rolls. Mais quand on sait que certains chirurgiens œuvrent pour reconstruire des clitoris mutilés lors d’une excision, on remet ce genre de réflexion en perspectives.

Heureusement il y a des miroirs bienveillants. Des hommes dont le regard gourmand, dont l’épicurisme évident nous réconcilient avec nos obsessions. Bizarrement ce sont les mêmes qui s’extasient devant notre peau un peu trop blanche, nos petits nichons et nos fesses bien rebondies. Une belle chatte, c’est celle qui mouille quand ils la regardent, celle qui s’assume et qui s’oublie, celle qui s’offre sans retenue et sans calcul, comme un sourire.

Parce qu’une chatte en dépit du regard froid et critique qu’on pose sur elle, elle est bonne fille… Elle ne se fait pas trop prier pour nous envoyer au 7ème ciel, du moment qu’on la brosse un peu dans le sens du poil.

Nous vous excusons pour la gêne occasionnée…

13 Oct

Et merde ! Elle était pourtant bien partie l’histoire, elle était pleine de promesses coquines.

On s’était cherchés des yeux dans le bar, on s’était accrochés avec quelques phrases à double sens, on s’était attrapé la bouche au détour d’une rue, je l’avais même laissé me mettre la main dans la culotte dans son ascenseur, on s’était agacés, titillés, allumés sur le canapé et on avait rampé maladroitement en tenue d’Eve jusqu’au lit (ou mieux, sur la peau de bête devant la cheminée) et là…

–       Ça ne m’arrive jamais normalement!

–       C’est pas grave.

–       Mais si putain, j’ai méchamment envie de toi, là tout de suite !

C’est con, moi aussi, j’en a méchamment envie, je suis même à deux doigts de me transformer en flaque, mais je suis bien éduquée et on se connaît pas trop, alors je me tortille en silence et je marche sur des œufs (sans jeu de mots), histoire de ne pas le froisser.

Calme Marla ! Ce n’est pas la première fois que ça arrive et certainement pas la dernière… Certes, il s’agit bien d’un état de crise… mais pas que pour lui. Outre la délicatesse de la phrase crasse et redondante « C’est la première fois que ça m’arrive! » qui laisse entendre qu’on est la raison de ce flop, c’est vrai qu’on ne sait jamais vraiment comment réagir pour ne pas envenimer les choses.

–             Nan mais c’est pas de ta faute…

Ah quand même ! J’avoue, je me repasse pourtant le film, histoire de me donner bonne conscience. Non, nous n’avons pas parlé de mon ex aux mensurations colossales avant de monter chez lui, ni de la sienne qui lui a brisé le cœur en se cassant avec un surfeur. Oui, j’ai traqué le moindre poil disgracieux qui aurait pu le rebuter, à priori mon déo n’a pas lâché et ma lingerie est magnifiquement assortie… Alors ? Peut-être qu’il a vu le petit bourrelet persistant que je traine depuis les fêtes de fin d’année ! Ou alors pire… J’aurais perdu la main pour allumer la mèche !

Naaaaan… Sur le canapé tout à l’heure, il était parfaitement vaillant le garçon !

Et là, un doute insupportable m’assaille : Aurions-nous dû rester sur ce putain de canapé défoncé et recouvert de taches douteuses ?

C’est terrible, mais dans cette situation je pense à ma mère, polluant mes oreilles chastes d’ado bouboule et mal dans sa peau :

« Tu sais ma chérie, il pourra arriver que ton petit copain n’ait pas d’érection. Souvent parce qu’il sera très ému, ou qu’il se mettra la pression… Dans ce cas là, il faudra le rassurer ou parler d’autre chose, ça ne sert à rien d’insister. Normalement ça revient plus tard. »

Ok mam’ mais là toute de suite c’est surtout l’éruption volcanique au niveau de mon bas ventre qu’il va falloir que je gère et aussi le fait que le jeune homme s’évertue à vouloir absolument m’introduire alors que le monstre n’a pas l’air d’accord du tout…

Je pense à mes copines aussi, celles qui disent sans ciller :

« Oh ma paaaaaauvre, heureusement moi, je n’ai jamais eu à gérer ça… »

Menteuses !

Note pour moi même : Ne plus jamais évoquer ce genre de choses avec de vagues copines…

Manquerait plus que je perde mon statut de bon coup en plus…

Bordel, et cette excitation qui ne me lâche pas !

Je suis bonne fille quand même, alors je ne fais pas que tergiverser, j’y mets du mien aussi… Je déploie le grand jeu, je flatte l’ego de mon amant, je lui sors même ce que je fais de mieux. Et  ça marche, le dragon se réveille de sa torpeur, il est tout émoustillé, je suis même à deux doigts de crier victoire… mais l’entrée en scène du préservatif vient saloper tout le boulot… Ah ouais, je l’avais presque oublié celui-là, ça aurait été trop simple…

A ce moment précis, je me mets à souhaiter ardemment (et égoïstement) qu’il ait la bonne idée de m’offrir un orgasme par d’autres biais, ce serait dommage que nous soyons deux à être déçus, non ? Ça, c’est un peu pile ou face en fait ! Parfois le mec ne voit pas du tout pourquoi il nous ferait ce plaisir alors que la bête a décidé de faire de la figuration. Faut pas déconner non plus !

« Ben juste parce que parfois, nous non plus on ne peut pas se servir de ce qui est le plus immédiatement évident et qu’on ne vous laisse pas en rade pour autant… Ah c’est pas pareil ? »

Ah bon.

Là il faut reconnaître que l’excitation est un peu tombée, voire complètement… J’essaie tout de même de dédramatiser parce que je le sens le poids de l’humiliation qu’il se colle sur le dos.

–                Mais t’inquiète, je fais ça à tous les mecs la première fois… Paraît que je

suis intimidante.

–                Ah ouais c’est ça hein… Je voulais te le dire justement…

–                Euh je déconne là… Ça faisait super longtemps qu’un mec…

–                C’EST BON, ÇA VA !

« Mais faut la fermer dans ces cas là Marla » m’avait un jour confié un de mes interlocuteurs préférés en matière de cul. Il avait continué : « Moi, ça ne m’arrive jamais (Evidemment !), mais en parler c’est la meilleure façon de nous mettre le nez dedans. »

« Mais alors on dit rien, c’est ça ? »

« Si, mais tu parles de tout sauf de ça… »

Okay…

Résumons :  Ça n’arrive à personne sauf à moi et aux quelques types qui ont partagé cette expérience inédite avec moi. Et il faut parler de tout autre chose….

–                   Sinon tu l’as vu le documentaire polémique sur Israël et la Palestine sur France 2 ?

–                   Humpf…

Aaah ! Ce moment unique où on entend la moindre mouche voler, les gargouillis de nos estomacs repus d’alcool alors même que l’ivresse de nos sens (et l’autre aussi) nous a complètement désertés !

Ceci dit je remarque souvent que c’est lorsque on a abandonné tout espoir d’une soirée de cul frénétique, que sur le pas de la porte ou sur le point de s’endormir, la magie s’opère.

–                Euh c’est quoi ce truc dur contre mes fesses ? Mais tu…

–                Chuuuut…

–                C’est que moi là tout de suite, j’ai plus tellement envie…

Y a pas à chier, c’est mystérieux une érection, presque autant qu’une libido féminine…

Cul de sac

1 Août

Il y a des rencontres sensuelles qui sont incompréhensibles. On ouvre son lit sans grande conviction à quelqu’un qui ne nous plait pas vraiment, parce qu’on s’ennuie, parce son corps le réclame, ou pour combler ce qui est déserté par les sentiments. On est blasée, un peu amère, on n’est même pas vraiment là. Et soudain la sensualité se réveille au contact de cette peau inconnue comme une ogresse après un long sommeil.

Tout vous sépare, votre union rassemble à elle seule tous les impossibles en terme de sensibilité, de goûts, de culture parfois, de convictions souvent, de disponibilité aussi… Et pourtant c’est indéniable vous corps s’embrasent, vos vices parlent la même langue, les effluvent se marient à la perfection, le cocktail est explosif, votre incompréhension est le terreau fertile de cette entente sulfureuse. Chaque étreinte ressemble à une mise à mort, vos baisers sont des morsures, les caresses des gifles et le lit, un champ de bataille.

La vue se brouille, le plaisir exaltant vient gommer les imperfections qui nous avaient gardés à distance. Le lourdingue devient soudain charmant, l’idiot a une « spontanéité déconcertante » et celui qu’on trouvait ordinaire a finalement un sourire « désarmant ».

L’addiction devient tenace et les autres corps ont la fadeur d’un bouillon lyophilisé. On se damnerait pour un coup vite fait dans le hall d’un immeuble, les fesses en plein courant d’air alors qu’on aime son petit confort. On se trahit jour après jour pour l’ivresse irréelle d’une nouvelle page, vide de sentiments amoureux mais chargée d’adrénaline. On se délecte dans une soumission feinte qui devient concrète quand l’autre vient à nous manquer viscéralement après quelques jours d’absence. On se ment, on se raconte qu’on peut arrêter quand on veut, comme la cigarette…

On devient chiante, pesante comme si l’autre était un dû, une pitance pour animal affamé. On est insatiable et frustrée parce qu’à part la jouissance et l’extase du moment présent, rien n’apaise ni ne console. L’obsession atteint un seuil de non retour et en regardant lucidement son reflet dans la glace on se trouve cernée, grise bref pathétique dans ce rôle d’esclave de ses propres sens.

On recouvre le discernement une après-midi, quand on se surprend à fixer une toile d’araignée dans le coin de la chambre alors qu’on se fait besogner fiévreusement. On est guérie,  il est temps de se remettre à faire le ménage et de relire ses livres de chevet.

 La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil…  (René Char)

The best birthdays of all are those that haven’t arrived yet.

25 Juil

Je suis sortie avec  3 types de mecs :

  • Ceux qui, avec une pudeur déplacée, ont ignoré mon anniversaire,
  • Ceux qui m’ont refilé des trucs pires que ce qu’ils avaient offert à leur génitrice à la fête des mères,
  • Ceux qui me l’ont souhaité par mail / FB / Twitter.

(Si je veux être exhaustive, il existe une 4ème catégorie, celle des tocards qui ont répondus alternativement aux 3 types précédents et qui, du jour où je les ai quittés, ont profité de cette sainte journée pour m’envoyer des mails larmoyants au nom du « bon temps », comme pour me forcer à leur parler ne serait-ce que pour leur répondre aimablement.)

Cette année, mon nouveau copain aimant me l’a souhaité par message privé (après avoir passé le week-end avec moi).

Le mec de 2010 m’avait droppé « Bonne journée » sur mon wall FB.

L’année d’avant, le gars a fait le mort après m’avoir sauté et promis monts et merveilles (notamment une relation stable) à ma birthday party.

L’année encore avant, le mec avait ignoré mon anniversaire car il était en voyage aux US (j’imagine que les américains n’utilisent pas comme nous un calendrier Grégorien).

Restons concis, sur ces dix dernières années mon plus grand trophée est un t-shirt « Barbie is a slut ».

Je trouve qu’il y a une sensible amélioration (message privé > ignorance pure et parfaite), je peux vraisemblablement espérer que mon copain de 2015 me le souhaite de vive voix mais pour le cadeau, ce ne sera pas avant mes  40 ans. Cela viendra probablement de mes enfants, ne nous voilons pas la face. Ou, tant qu’à être parfaitement honnête, de mon amant (parce que si mes copains se sont illustrés dans la nullité la plus totale, les ex plans culs et dragueurs BG, eux, savent saisir l’occasion de me montrer qu’ils aiment me faire plaisir).

The best birthdays of all are those that haven’t arrived yet…