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La boulangère vous a vus sur Xhamster

18 Mai

« En mai fait ce qu’il te plait » dit le dicton, alors comme le temps ne se prête pas à courir toute nue dans la forêt de Saint Cloud, j’ai passé mon après midi à mater du porn en ligne. Ne faites pas les outrés, si vous êtes passés par ici c’est que vous êtes aussi des petits obsédés…

Je dois avouer un truc, le porn est arrivé assez tardivement dans ma vie, et je crois que c’est parce que ce sont mes amants les plus intellos qui m’y ont amenée que je me suis laissé faire. Peut-être que les autres n’assumaient pas, mais c’est un fait. Finalement je suis assez contente d’avoir découvert ça des années après avoir déjà pleinement apprécié le sexe.

Donc depuis deux ans, j’en consomme avec plaisir, et même à certaines périodes sous forme de crises de boulimie : la plupart du temps seule et jusqu’à l’écœurement. Bizarrement je n’aime pas cette nouvelle vague de films très « léchés », avec des acteurs à peine pubères, certes beaux mais lisses, de cette fadeur qui me rappelle les heures sombres du film érotique de M6 le dimanche soir. J’aime que ça soit sale… Oui c’est comme ça.

Certes je me suis pâmée devant « Malice in Lalaland », un film un peu ovni avec des relents lynchiens mais rien ne m’excite plus pour finir que les vidéos amateurs avec de vrais gens.  Et petit détail, j’aime traquer le vrai désir, le vrai plaisir. Rien ne m’émeut plus même si les protagonistes ont un peu le ventre gras ou les seins qui tombent. Pourtant cet après midi, alors que je m’étais destinée à un film allemand très sombre, je suis allée errer sur un site X et entre quelques visionnages et autres tripotages (oui je ne mate pas du porn pour faire une analyse pointue de l’état des lieux de l’épilation féminine en milieu rural), j’ai fait un constat qui m’a un peu attristée.

Si la production pornographique pro a décomplexé pas mal de gens, est-ce une raison pour en reproduire les mêmes scènes et les mêmes codes dans leurs vidéos amateurs ? Je m’étonne toujours de ce manque d’imagination qui consiste à tringler comme des sauvages des filles qui ont l’air de s’emmerder à dix sous de l’heure et de finir immanquablement par une éjaculation faciale. Comme si au lieu d’avoir libéré les gens, le cinéma porno leur avait donné un mode d’emploi ou des règles immuables, bref un carcan plus ou moins normatif. De même, moi qui suis une amoureuse des mots crus sur la scène du crime, je m’étonne toujours de la pauvreté du vocabulaire. « Sale pute » et « tu aimes ça grosse chienne » devraient être des expressions reléguées aux oubliettes des heures de gloire de Dorcel.

Je peux comprendre en tombant sur ce genre de scènes qui sont finalement des remakes cheap des productions disponibles sur le marché, qu’on préfère à Christine et Jean Jacques l’étreinte musclée et plastique de James Deen et Ricki White (T’as vu, j’étale ma culture ! )

Autre réflexion que je me faisais après mon deuxième orgasme et lorsque mon cerveau était revenu à une température à peu près normale : jusqu’à quel point ces vidéos n’étaient pas un marché de dupes. Je m’explique. Je note que souvent, le visage des femmes est exposé et rarement celui de leur partenaire. Je veux bien croire que ces filles soient le plus souvent consentantes pour être filmées (« Allez minouche, ça nous fera un souvenir quand le film du dimanche soir sera pourri ») mais pour être exhibées sur le net, j’ai quelques doutes. Et dans ce cas, pourquoi les hommes ont souvent le visage masqué, par un loup ou un floutage grossier, ou systématiquement la tête hors cadre ? Est-ce à dire encore une fois que dans ce genre de délire, c’est encore la femme qui est le dindon de la farce ? Attention, je m’interroge, j’imagine bien qu’il y en a certaines qui ont l’exhibitionnisme en deuxième nature. Mais donner à voir ainsi son visage au risque de se faire griller par la boulangère (Si, je regrette je suis sûre que ma boulangère mate AUSSI du porno) me laisse circonspecte.

Par exemple récemment j’ai eu le droit à une sorte de « happening » d’un type qui faisait entrer son voisin pour baiser sa femme au réveil. Il le prévenait : « Bon vas-y, tu montes et tu fais ce que tu veux, elle se réveille donc elle est pas habillée, elle est pas maquillée… ».  Raymonde (je l’appelle Raymonde, parce qu’elle avait une tête à s’appeler comme ça) se réveillait en effet, l’air ravi de trouver « voisin » prêt à l’embrocher malgré son haleine du matin et sa chemise de nuit chair mais le pire restait à venir : Les commentaires de son mari : « Va pas trop profond quand même, comme elle a été opérée… » (sic).

Bref je l’accorde, la vidéo amateur réserve des surprises parfois douteuses. Mais souvent au détour d’un clic on découvre le graal, une image pas trop pourrie avec des protagonistes qui font preuve d’imagination sur le carrelage de la cuisine, où la fille prend son pied comme une bête, où ça sent la vérité et on voudrait presque être à leur place. Presque…

Bestiaire

23 Oct

On ne part pas faire un trek dans la jungle sans un minimum de préparation.  On lit beaucoup, on achète des trucs indispensables comme des kits de survie ou des repas lyophilisés (on ne tue pas une gazelle tous les soirs pour le diner, hein !). Bref on essaie de jalonner un tant soit peu cette aventure pour éviter un maximum de désagréments…
Quand on s’engage dans la jungle des rencontres, on ne s’arme pas de grand chose : un peu de bagou, beaucoup de sourires et quelques petits signes plus ou moins conscients qu’on envoie pour dire : « Hé mec, je suis disposée à faire un tour de grand huit avec toi, et tous les manèges de la fête foraine si affinités ».
Sauf que… sur le chemin on rencontre quelques spécimens qui sont au mieux horripilants, au pire carrément toxiques. Petite liste non exhaustive des bébêtes à éviter.

Quand on tombe sur l’homme colibri on est stupéfaite, comme lorsqu’on aperçoit l’oiseau homonyme. On le rencontre au détour d’une soirée ou d’une exposition au musée Rodin, il est charmant, volubile, et pas la moitié d’un con, ce qui ne gâche rien. Le truc c’est qu’il a la faculté de nous faire croire qu’on est exceptionnelle : jamais avare de compliments raffinés, ni d’une galanterie quelque peu surannée parfois… mais il est tellement craquant ! Ce qu’on prenait pour de la délicatesse au début commence à irriter au bout de quelques semaines. Il est présent, toujours près à nous mettre les sens en émois avec quelques textos dont il a le secret mais très vite on constate qu’en présence, la carte du tendre nous laisse un peu sur notre faim. On voudrait du concret, du charnel, bref on voudrait sa bite ! Et c’est là que les choses se corsent… comme on est une fille bien élevée (en tout cas, on l’a été un jour ou l’autre), on s’essaie aux allusions à double sens, on suggère un rapprochement en posant la tête sur son épaule lors d’un éclat de rire. Parfois en guise de mise en bouche on a le droit à un baiser passionné juste avant qu’il nous quitte mais rien de plus. On finit par être plus directe, se fourvoyant même à lui dire un J’ai très envie de toi qui nous fait monter le rouge aux joues devant l’air embarrassé qu’il prend en disant :
« Je pensais que nous deux c’était beaucoup plus qu’une histoire de cul… ça me déçoit un peu. »
Là on se dit au choix qu’on est une grosse salope animée par un désir inapproprié face à un mec aussi délicat, ou qu’il a quelqu’un dans sa vie ou pire, qu’il est gay et qu’il ne le sait pas encore. Quoi qu’il en soit, on se remonte le moral et la patience à coup de séances masturbatoires de plus en plus rapprochées. L’histoire se terminera le soir où un peu enivrée et n’en pouvant plus d’attendre un dénouement charnel, on sautera sur le malheureux sur la banquette arrière d’un taxi et qu’il nous repoussera (non sans mal) en nous balançant un cuisant :
« T’es vraiment pas bien toi ! »

Heureusement (du moins, le croit-on), on rencontre peu de temps après l’homme bonobo. Est-ce un heureux hasard ou simplement la logique des choses ?  Celui là est tout sauf frileux. Tout sauf délicat également… C’est un jouisseur, c’est d’ailleurs comme ça qu’on le définît auprès de nos amis quand on parle de lui. Il aime boire du bon vin (un peu trop), faire la fête (jusqu’au coma) et le sexe avec lui est explosif. On révise avec lui notre Kâma-Sûtra entre midi et deux en semaine, on étrenne les chiottes des boites les week-ends, on baise partout, et il nous trouve bandante même en jogging pouilleux et la gueule à l’envers le dimanche. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’on écope d’une cystite ou autre irritation bénigne à cause de sa frénésie inextinguible. D’ailleurs, quelquefois on se demande si c’est vraiment nous qui le mettons dans cet état d’excitation constante ou une avidité nerveuse, la même qui lui fait vider son litron de Saint Estèphe 2005 parce que nous avions trente minutes de retard… Avec lui on parle peu, d’ailleurs on s’en rend compte le jouroù nos règles débarquent inopinément pendant un week-end à la campagne, et qu’il tourne en rond comme un lion en cage. On se sauvera parce qu’on sent bien que sur le long terme on ne tiendra pas la route à ce rythme et que ça commence à couter cher en petites culottes déchirées. On ne peut se résoudre à les acheter en lots chez Carrouf pour le bonheur de monsieur…

Quelques temps plus tard, et après avoir laissé reposer la bête (on ne sort pas indemne de ce genre de rencontres), on se surprend à avoir des envies de sensibilité. Et il se peut qu’au détour d’un chemin on tombe sur l’homme paresseux, pas l’adjectif, l’animal. Il nous touche tout de suite avec son air mélancolique et ses yeux toujours un peu humides. Il faut dire qu’il en a chié le pauvre, il a vécu le supplice avec une affreuse qui lui a brisé le cœur en mille morceaux, qui s’est essuyé les pieds sur son ego et la laissé exsangue sur le bord de la route. Et nous (pauvre idiote), on a bien l’intention de le rafistoler. Ce qu’on ignore, c’est qu’au fond, tout au fond, derrière son sourire fragile et son regard perdu, il y est encore et n’a pas du tout envie de l’oublier cette histoire. Alors on sort des trésors de gentillesse, de bons mots et l’armada de nos talents cachés pour qu’il retrouve la joie de vivre (et accessoirement les yeux secs, parce que ça va cinq minutes les mirettes embuées). Avec un peu de chance, il aura la présence d’esprit de ne pas crier son nom à elle au moment de l’orgasme, et on ne tombera pas sur sa photo qu’il utilise comme marque page pour son agenda. Coup de bol parce que l’ex en question nous ressemble furieusement. En revanche, il se peut qu’un matin, après quelques mois,  il nous balance : « J’ai appris qu’elle était à nouveau célibataire, je ne peux pas vivre sans elle, je veux me donner une chance de la reconquérir… ». Ou que plus heureusement on comprenne que ce regard dans le vague qu’on prenait pour de la richesse intérieure nous apparaisse tel qu’il est… une absence totale de densité.

Ce n’est pas le cas de l’homme Lynx. Il est beau et s’il ne l’est pas, il est brillant ou a une allure folle. On le remarque dans tous les cas. D’ailleurs on s’étonne presque d’avoir retenu son attention en grande fille toute simple qu’on est… Il a la plupart du temps une situation professionnelle et surtout financière enviable, ce qui nous change la vie même si on met un point d’honneur à rester autonome. Généreux il nous couvre de cadeaux. Des vêtements bien coupés toujours près du corps, des bijoux ostentatoires, de la lingerie fine, des diners dans des restaurants qui pètent et des nuits dans des hôtels qui claquent… Il nous conseille de nous coiffer comme ceci, de sourire comme cela, il nous offre même un parfum qu’il adore, à nous qui portions le même avec une fidélité sans faille depuis près de dix ans. Il est très attentif, la preuve, il remarque chez nous la moindre variation de poids de 500 grammes et lorsque le vernis de nos ongles s’écaille ! Il a même réussi à nous convaincre que quand nous nous exprimions avec un peu de passion pour défendre notre point de vue, nous étions agressive et insortable. Nous ne serons ni la première ni la dernière à essayer de lui couper les couilles, non mais !
Peu à peu on s’éteint, on s’écrase, on disparait. Il nous a fait une petite place dans son agenda de ministre, entre ses rendez-vous pro (un métier où on vend du vent, mais avec lequel on gagne un salaire à cinq chiffres au moins) et ses nombreuses activités sportives et il faudrait s’estimer contente. Côté sexe, c’est lui qui décide, comme pour le reste d’ailleurs… Si on prend notre plaisir dans cette position, il ne voit pas pourquoi on devrait varier les plaisirs !  Au bout de quelques mois, voire quelques semaines, on ne se reconnaît plus. D’ailleurs il nous fait remarquer qu’on est devenue lugubre, ce qui aide beaucoup à reprendre du poil de la bête. Avec un peu de chance il y aura probablement une bonne âme pour nous ouvrir les yeux, si on n’a plus la lucidité nécessaire pour voir qu’on est devenue un accessoire de plus dans sa garde-robe, pas beaucoup plus important que sa cravate préférée.

C’est là qu’on peut tomber sur l’homme caméléon. Celui-là n’est pas méchant, disons plutôt collant. Au début, on ne se méfie pas, l’approche est discrète… On peut même penser que le garçon nous envisage simplement comme amie. Il nous a écoutée, il nous a observée sous toutes les coutures, il nous a sentie, il nous connaît presque sur le bout des doigts. Quand il se déclare, il joue sur l’effet de surprise et c’est là qu’il est fort. On ne l’a pas vu venir et on se dit « pourquoi pas ? ». On ne comprend d’ailleurs pas pourquoi on ne l’a pas remarqué plus tôt, ce type là, il a tout compris à notre personnalité complexe, il anticipe chacun de nos désirs et même si ce n’est pas tout à fait le cas, il sait parfaitement nous persuader du contraire. Il nous adore, il nous adule et s’intéresse à tout ce qu’on aime. Au début c’est plaisant, flatteur même qu’il s’extasie sur notre gout très sûr en matière de musique, de films au point de recopier entièrement notre disque dur dédié à cet effet. En public il nous mange des yeux, en privé il est même charmé par le bruit de notre jet d’urine sur la faïence de la cuvette des chiottes. Il peine à rentrer chez lui le dimanche soir quand on veut un peu de solitude et prend un air de victime, quand désireuse de souffler un peu, on lui annonce qu’on part deux jours en week-end avec notre meilleure amie. Il revient un soir arborant un tatouage similaire au nôtre, ou pire, notre prénom dans un cœur sur l’omoplate droite… Il ne dit plus « je » mais « nous » en permanence, ce qui évidemment fait fondre notre mère qui le trouve « tellement mieux que tous les ratés » qu’on lui a ramenés avant. On ne baise pas avec lui, « on fait l’amour » et c’est d’un chiant absolu… Il susurre des mots tendres avec tellement d’intensité qu’on a l’impression d’assister à une sorte de communion solennelle.  D’ailleurs pour atteindre l’orgasme on finit par repenser à l’homme bonobo et ça, ce n’est pas bon signe ! Comme c’est un mec bien, notre mère nous le répète assez, on a un mal fou à le quitter. On finira par faire un truc bien abject pour descendre du piédestal où il nous a perchée parce que c’est la seule solution pour cet homme qui nous vénère jusqu’à nos travers les plus insupportables. D’ailleurs quand il sort de notre vie, c’est pour toujours. Il y a fort à parier qu’on le retrouverait entiché d’une autre femme, dans la personnalité de laquelle il aurait fondu et qu’on le reconnaitrait à peine…

S’il est une rencontre dont on se passerait bien, c’est celle de l’homme mygale. Pourtant quand il entre dans notre vie, on le trouve drôle, franc du collier, simple. Enfin un mec qui dit ce qu’il veut, qui ne promet pas la lune, qui affiche son gout immodéré pour les femmes et ne s’engage qu’à une chose, nous envoyer au septième ciel ! Il le fait relativement bien d’ailleurs, même si on a la vague impression qu’il applique une mécanique bien huilée, inspirée le plus souvent des nombreux pornos qu’il a matés. Il avait prévenu qu’on serait une parmi d’autres, qu’il ne tomberait pas amoureux et pourtant c’est lui qui commence à verser dans la confusion des sentiments. Il lui prend des envies de tendresse, de passer une nuit avec nous alors qu’il mettait un point d’honneur à ne jamais dormir avec ses maitresses. Comme une gourde, on s’imagine qu’il est en train de changer, et que nous sommes même à l’origine de cette métamorphose et on se surprend à envisager la relation autrement. ERREUR ! L’homme Mygale ne change pas, il entame la deuxième phase de jeu, le tissage de sa toile. Parce que sous ses airs légers et amateur de chair, rien ne lui plait plus que d’avoir une cour de groupies transies d’amour pour combler son insatiable besoin de reconnaissance en matière de virilité. D’ailleurs il sait souffler le chaud et le froid avec une maestria redoutable… Quand on tente de s’échapper, il n’a pas son pareil pour se montrer délicieux et attentif, en revanche si on se laisse aller à quelques démonstrations affectueuses, il joue la carte du mec infréquentable auquel il ne faut surtout pas s’attacher. Mais enfin ! Il n’a rien à se reprocher, il nous avait prévenue depuis le début ! Sauf que voilà, c’est trop tard, il y a quelque chose chez lui qui nous attache. Certainement les moments où il nous a raconté son enfance tyrannisée par un père militaire trop sévère ou traumatisée par une mère alcoolique ont touché la corde sensible qui fait de nous des connes irrécupérables parfois… On se dit qu’il y a du bon dans cet homme, qu’on lui souhaite d’être en paix avec lui même. Il nous fait vivre la misère, nous pourrit nos bon moments sans lui, continue à voir ses autres femmes mais exige l’exclusivité. Et on l’excuse… Et on obtempère… On obtempère jusqu’au jour où même notre propre reflet dans notre miroir nous fait gerber, où chaque cerne est un souvenir de larmes versées dans le noir et où le terme « pli d’amertume » prend toute sa signification. Il est toujours temps de fuir même si on n’a rien gagné dans l’histoire.

Tout cela ne serait pas un voyage complet sans l’homme Hyène. Celui-là a un sixième sens, pas ce qu’on appelle l’intuition mais l’art de renifler à des kilomètres à la ronde les éplorées, les fragilisées, les abimées. Rien ne le met plus en joie que d’en trouver une pour la remettre sur pieds. A priori, ça part d’un bon sentiment me direz vous… On le prend d’abord pour un sain ou un passeur au choix : draguer une fille aux yeux bouffis par le chagrin ou sous antidépresseurs n’a rien d’une sinécure, et on est reconnaissante d’être regardée autrement que comme un cas désespéré. Peu à peu on reprend des couleurs. Lui en revanche semble presque regretter ce moment béni où il nous a recueillie comme un oiseau tombé du nid. Il a la fâcheuse habitude de vous rappeler les moments gênants où il a su vous dire les bons mots, eu les bons gestes pour nous sortir de la fange où on s’était embourbée. Il adore dire « Si tu l’avais rencontrée quand je l’ai connue… », aux amis qu’il nous présente. Quand on lui en fait la remarque il nous fait comprendre à demi mot qu’on est une ingrate. Il devient d’ailleurs foutrement désagréable quand on parle d’autres personnes qui nous rendent heureuse. Comment peut-on se permettre de lui enlever son rôle ? Comme la théorie des vases communicants, il sombrera dans une profonde déprime au moment où on en sortira complètement et avec un peu de chance, nous traitera « de salope égoïste » le jour où on partira, épuisée d’essuyer d’incessantes remontrances.

Si on survit à la fréquentation de ces espèces pour le peu néfastes et fort heureusement rares, la jungle des rencontres offre une faune et une flore réjouissante. Il serait dommage de rester chez soi par peur du grand méchant loup… Bon voyage !

Minou, minou, minou…

9 Sep

« Qui de vous mesdemoiselles peut se targuer d’avoir une belle chatte ? »

Cette question volontairement claquée comme un coup de trique par un trentenaire un soir d’ivresse, avait laissé ses quatre interlocutrices sans voix, ou presque… Il y eut bien la plus jeune qui, sans lever les yeux de son Smartphone, répondit avec la même gouaille :
« Moi je la trouve très belle ma chatte… »
Mais les trois autres se contentèrent d’échanger des sourires circonspects voire circonstanciés. Trois dont je faisais partie.

Car pour être tout à fait franche je ne suis pas de ceux qui se pâment devant l’Origine Du Monde de Courbet.
Pas que je trouve cela monstrueux, disons plutôt étrange, mystérieux, déconcertant même parfois. Beau, jamais.
Et finalement c’est quoi une belle chatte ? Un sexe épilé à 100% dont les lèvres symétriques et presque inexistantes rappellent presque la zézette d’une fillette de dix ans ? Ou un sexe réceptif, accueillant, qui sait happer, ventouser, masser un membre plus ou moins susceptible ? Bref, la beauté intérieure tient-elle un rôle dans l’expression « belle chatte » ? J’imagine que oui, même si le nombre d’anecdotes d’hommes réclamant des photos du plus intime de nos attributs tend à prouver le contraire.

La curiosité pousse d’ailleurs certaines d’entre nous à s’asseoir un jour face à un miroir, cuisses écartées pour observer la bête. Force est de constater que ce que notre maman appelait notre « petite fleur » nous saute aux yeux de façon beaucoup moins poétique. Si dès l’adolescence on a eu l’autocritique facile, il y a fort à parier qu’on ne verra dans la glace qu’un millefeuille de chair, plus ou moins foncé, plus ou moins poilu, plus ou moins luisant. Une expérience suffisamment traumatisante pour qu’on considère le cunnilingus comme une épreuve infranchissable et humiliante et qu’on se planque derrière un « Naaaan le cunni c’est pas mon truc… ». quelque temps du moins. Trop Longtemps…

Et là on en vient à vous envier messieurs, sur la possibilité de très vite comparer votre instrument avec celui des petits copains, de vestiaires collectifs d’abord, puis devant un premier porno qui tache, visionné un mercredi après midi en groupe de cinq ou six adolescents … Nous vous envions de pouvoir très vite constater que votre zizi est normal. Certes plus petit que celui de Kevin Durand, çuikalaplugrossedelaclasse, mais NOR-MAL ! Une fille dans les vestiaires, c’est pudique, ça n’écarte pas les jambes comme un cowboy sur un tabouret de saloon et quand on réussit à voir les quelques poils pubiens de notre meilleure copine, on est déjà bien contente. On vit avec la terreur d’avoir avec un truc pas normal entre les cuisses, alors la beauté du truc, on n’y avait même pas pensé…

A chaque première visite chez un nouveau gynéco, on attend d’ailleurs toutes un verdict qui tendrait à nous rassurer ou nous conforter dans le fait que notre sexe n’est ni plus ni moins différent de celui de nos congénères. Certaines se risquent même à poser la question fatidique, n’obtenant du dit médecin qu’un sourire se voulant rassurant ou un vague : « Je n’ai rien vu de notable… ». Pire que tout !

Bien sûr, question pilosité on a bien compris qu’il fallait tailler les haies, éviter l’expansion territoriale de la végétation qui préfèrerait elle, pousser anarchiquement façon jungle. Mais on obtempère, on se plie à ce petit supplice mensuel sous les doigts d’une inconnue qui vous parle de la rupture récente de Vanessa Paradis tout en vous martyrisant la vulve. Quand on sait qu’il y a chez les mecs autant de préférences en matière de pilosité intime que de coupes de cheveux répertoriées, on se colle une pression supplémentaire. Mais finalement, le principal étant d’avoir l’air « entretenue », le poil est en soi un problème mineur, quelque chose qu’on peut modifier à plaisir. Et à déplaisir surtout.

Le véritable objet de nos craintes, voire de notre désamour, ce sont les lèvres. Si Photoshop et les magazines de mode ont eu raison de notre objectivité en matière de silhouette, Sasha Grey (étalon de la chatte à mes yeux) et autre Youporn nous ont créé des complexes tout neufs dès que notre vulve présente la moindre petite irrégularité. Je connais une fille ayant attendu ses 25 ans pour perdre sa virginité sous prétexte que ses petites lèvres étaient « anormalement visibles » et que ses copines de lycée l’avaient surnommée « pendouillette ». La femme est une louve pour la femme… Et le pire des censeurs, c’est nous même. Certains hommes ne sont d’ailleurs pas en reste pour entretenir nos complexes. Un de mes ex, obsédé par la taille modeste de son sexe, me serinait que si j’avais trop d’amants bien membrés, je finirais avec deux escalopes entre les cuisses. Encore une légende urbaine et misogyne pour effrayer les petites dindes en mal de sensations fortes…
Je rappelle à toutes fins utiles, qu’à moins d’y attacher des poids lestés lors de séances sadomasochistes de huit heures tous les weekend, il n’y a pas de femmes que le sexe à haute dose ait déformées. Tout est question de génétique. Alors oui, on peut passer sous le bistouri pour raboter un peu ici ou là et transformer notre chatte ordinaire en Vagina Rolls. Mais quand on sait que certains chirurgiens œuvrent pour reconstruire des clitoris mutilés lors d’une excision, on remet ce genre de réflexion en perspectives.

Heureusement il y a des miroirs bienveillants. Des hommes dont le regard gourmand, dont l’épicurisme évident nous réconcilient avec nos obsessions. Bizarrement ce sont les mêmes qui s’extasient devant notre peau un peu trop blanche, nos petits nichons et nos fesses bien rebondies. Une belle chatte, c’est celle qui mouille quand ils la regardent, celle qui s’assume et qui s’oublie, celle qui s’offre sans retenue et sans calcul, comme un sourire.

Parce qu’une chatte en dépit du regard froid et critique qu’on pose sur elle, elle est bonne fille… Elle ne se fait pas trop prier pour nous envoyer au 7ème ciel, du moment qu’on la brosse un peu dans le sens du poil.

Je suis une fille à pédés (mais je ne me soigne pas)

5 Mai

Il y a quelques mois, une petite conne bien intentionnée m’a balancé cette phrase sous couvert de l’humour :

« C’est normal que tu ne rencontres pas de mecs valables, tu ne fréquentes que des pédés. C’est ça la vraie raison de ton célibat longue durée ! »

Sauf que…

Tous mes amis gays ne sont pas, comme l’autre pimbêche, des intégristes de premier ordre, qui ne fréquentent que leurs semblables. Et si je les aime c’est aussi parce qu’ils savent s’amuser avec des hétéros, des femmes et ne vivent pas leur homosexualité comme on entre en religion.

Avoir des amis gays, ce n’est pas un choix, c’est une évidence, comme avoir des amis noirs, pauvres ou cons. On ne les choisit pas pour avoir un quota représentatif d’une minorité opprimée ou non; les cons ne sont pas vraiment opprimés, ni une minorité, ça se saurait !

On n’a pas des amis gays non plus parce qu’ils passent leur temps à vous donner du « Ma chérie !!! » ou « Tu es la plus belle », c’est dans les films ça ! Pour la plupart, les miens m’engueulent quand je suis mal sapée, quand j’ai une sale gueule mais aussi quand je déconne et que j’ai besoin d’être recadrée.

Certes ils sont plutôt plus doués que la moyenne pour s’habiller et décorer leur intérieur, ils aiment rarement le foot et ne tirent pas la gueule quand on les emmène faire une séance de shopping ou voir une expo de Jackson Pollock, ils donnent même parfois des conseils très utiles en matière de plaisir masculin mais ça n’en fait pas pour autant automatiquement le meilleur ami idéal.

Parfois ils sont putes comme la pire de tes copines, adorent bitcher tout ce qui passe, jouer la grande scène du III pour un rien et peuvent te planter en plein milieu d’une soirée sans prévenir, parce qu’ils se sont choppé un petit brésilien aux fesses rebondies.

Finalement je réalise que ce qu’il y a de commun à la plupart des mes amis, c’est qu’ils sont cash, qu’ils ne me brossent pas toujours dans le sens du poil et qu’ils sont présents que je sois pimpante ou au 36ème dessous.

Alors oui, beaucoup de mes amis sont homosexuels, et je n’en tire aucune gloire, ni aucune honte d’ailleurs…  Je serais juste un peu gonflée de leur mettre la responsabilité de mon célibat sur le dos sous prétexte que je passe beaucoup de (bon) temps avec eux. Si je suis célibataire, c’est que ça fait un moment que je n’ai pas rencontré un type avec qui j’ai eu envie de partager autre chose que quelques instants ludiques et érotiques (ou l’inverse…)

D’ailleurs je devrais lui dire à cette petite gourde que son mari me chauffe à blanc depuis plus de deux ans et qu’elle ferait mieux de le surveiller que de s’inquiéter de mon fameux célibat longue durée

Le double effet kiss cool

4 Avr

Nous avons tous un point commun avec Rachida Dati. Si si ! Je sais c’est dur à avaler mais je viens de me faire une raison en regardant cette interview toute pourrie, moi aussi j’en ai un : Je ne suis pas cool !

J’irai même plus loin, je me targue de ne pas l’être. Parce que, soyons un peu précis, ça veut dire quoi exactement cool ? Si je m’en réfère à la définition du dictionnaire Larousse 2010, il s’agit d’un anglicisme signifiant détendu, à l’aise, décontracté. Peut-on maintenant m’expliquer quelle fierté peut-on tirer à posséder ce genre de caractéristiques. Quand je suis en vacances, quand je partage un diner avec mes amis, ou que je viens d’être l’objet d’un coït fabuleux, je me sens « détendue », mais y a-t-il raison de m’en féliciter… ?

Là tout de suite vous vous dites soit :

1/je suis née avant 1955

2/Je suis une abrutie finie

3/Je fais dans la provoc

Évidemment je sais que dans le langage courant, cool recouvre tout un tas d’autres aspects.

Quelqu’un qui a le petit truc en plus pour se faire aimer d’une grande majorité : cool

Quelqu’un qui est au fait de la dernière tendance, du dernier endroit où il faut être vu et qui a mis sa langue dans la bouche d’une star sortie tout droit de secret story mais passons : cool

Quelqu’un qui prend la vie uniquement du bon côté et zappe les gens et les choses qui ne vont pas dans son sens n’en valent pas la peine: cool

Quelqu’un qui déteste le conflit, brosse tout le monde dans le sens du poil, préfère vous dire oui plutôt que de vous voir faire la gueule : cool

Alors non, je ne suis pas cool, parce que je n’ai aucun problème à  m’engueuler avec quelqu’un si je ne suis pas d’accord avec lui et parce que si parfois j’élève la voix, je ne suis pas pour autant chieuse, intolérante ou hystérique… passionnée à la rigueur.

Je ne suis pas cool parce que c’est vrai que ça me tape sur le système quand on me met systématiquement vingt minutes de retard dans la vue à chaque rendez-vous, mon temps m’appartient et  personne n’est autorisé à en disposer à ma place.

Je ne suis pas cool parce que je préfère un diner avec deux trois amis plutôt que de me mélanger à une foule d’anonymes que j’étreins chaleureusement parce qu’elle fréquente le même endroit que moi et que je collectionne sur mon Facebook comme on ramasse les pièces jaunes dans un vide-poche.

Mais finalement c’est quoi ce mot fourre-tout qui remplace la richesse non négligeable de notre belle langue ? Juste un mot incontournable qui signifie à lui seul consensuel, novateur, insouciant et je-m’en-foutiste ?

Non, c’est une vaste fumisterie à l’usage de ceux qui n’appelle pas un chat, un chat.

Être cool, c’est aussi être l’égoïste pernicieux qui pour son petit plaisir perso va mettre sans vergogne notre bien-être au second plan. C’est la bonne copine qui va squatter nos draps avec son amant sans même les mettre dans la machine à laver après ses cochonneries ébats, le collègue qui passe le tiers de son temps à se tripoter la nouille à fumer des clopes pendant qu’on fait son taf, le mec qui oublie d’appeler parce qu’il s’est bourré la gueule avec des potes s’est endormi devant la télé… mais qui comptent sur leur sourire pour se faire pardonner, comme si c’était un dû. La liberté des uns s’arrête définitivement là où commence celle des autres !

C’est aussi à mon sens manquer d’aspérités, de failles ou simplement de caractère ou pire, ne pas les assumer plutôt que de risquer l’hostilité.

Être cool c’est finalement être faible, parce que ce sont justement ces petits bleus à l’âme et l’attitude qui en résulte qui font à mes yeux la valeur des gens qui comptent…

De là à dire que le seul fait de ne pas l’être, fait d’une personne quelqu’un de forcément fréquentable, excusez-moi Rachida, mais ça ne va pas être possible…