Dernier métro

30 Nov

C’est sinistre la porte d’Orléans passée une certaine heure et j’avoue que je ne suis pas super rassurée dans ce wagon vide, à attendre le départ. Surtout que je vais certainement rater ma correspondance. J’aurais jamais du boire autant, j’ai les joues brulantes et certainement une haleine de rhum repérable par n’importe quel nez aguerri. Quand il entre, je le dévisage à la dérobée juste pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un mec susceptible de me faire peur. Il n’en est rien. Il vient s’assoir dans le carré juste à côté du mien. Ce n’est pas comme s’il y avait de la place… Il me regarde avec insistance. Ne surtout pas croiser son regard sinon c’est la fin. J’enfonce mes écouteurs dans les oreilles et commence à regarder mon téléphone, l’air faussement absorbé, histoire de ne lui laisser aucune chance. Mais je sens une pichenette sur mon bras, je tourne la tête et le mouvement de ses lèvres m’oblige à sortir de ma musique…

« Vous pensez que c’est vraiment gênant si j’allume une clope dans le wagon ? »

Il a un léger accent, il n’est pas parisien c’est certain.

« Eh bien c’est à vous de voir… Ça fait un peu adolescent rebelle et vous risquez une grosse amende. Après, moi je m’en fous. »

« Vous en voulez peut être une ? Quitte à faire adolescents rebelles… »

Son sourire en coin est désarmant mais je décline et remets mes écouteurs. Il s’assoit en face de moi et recommence à me parler :

« C’est un genre que vous vous donnez vous, les parisiennes, ou vous êtes réellement des pimbêches ? »

« C’est à dire que je ne suis pas sure que ce soit le mot… » et là je ne sais pas ce qui me prend, mais un début de fou rire m’interrompt. Je reprends ma respiration. L’ivresse est vraiment là et la situation me met dans un drôle d’état.

Je reprends : « En fait c’est juste que je crains de ne pas avoir beaucoup de conversation ce soir. »

« Moi je suis sur que si, on ne se connait pas et donc tout ce que vous pourrez dire va me sembler intéressant. Et puis même si ce n’est pas le cas, j’écouterai votre voix que je trouve fort jolie. »

Là j’éclate de rire tout en empêchant le son de sortir vraiment, j’ai les larmes qui me montent aux yeux, c’est plus fort que moi. Je ne sais pas si c’est l’alcool ou la situation incongrue, mais malgré mes efforts je ne parviens pas à garder mon sérieux. Je le trouve tellement touchant à se démener comme un diable pour lier connaissance…

« C’est mon accent du sud qui vous fait rire ? Vous vous foutez de ma gueule en fait !  » Il dit cela sans colère, juste un peu mutin.

« Mais pas du tout… Je suis désolée… vraiment… » je bredouille, entre deux hoquets hilares. C’est pathétique. Et comme pour conjurer le sort je me lève et viens l’embrasser à pleine bouche, un long baiser qui rajoute à mon ivresse parce que j’ai eu la bonne idée de fermer les yeux. je vacille et viens m’assoir à califourchon sur lui.

« Ah ouais c’est comme ça que vous faites ici… ça a le mérite d’être direct… » me balance-t-il les yeux brillants.

Je pose un doigt sur ma bouche, l’invitant à se taire, puis l’embrasse encore, indécemment. Je ne me reconnais pas quand je défais sa ceinture, descends sa braguette et commence à le caresser alors que sa queue n’est pas encore tout à fait dure. J’esquisse un sourire alors que je le sens durcir sous les va-et-viens effrontés de ma main. Le métro démarre enfin. Je le sens batailler fébrilement avec mon collant, tant et si bien qu’il le file, puis le déchire pour gagner les frontières de la dentelle minuscule qui me sert de culotte. Il la fait coulisser doucement sur le côté pour y glisser un doigt, puis deux.

Alésia, une dizaine de péquins attendent sur le quai, il n’en monte qu’un dans notre wagon, un quadra bon chic bon genre avec une écharpe à rayures et un duffle coat bleu marine, il s’assied à l’autre bout de la voiture et nous tourne le dos. Le métro repart.

Ses doigts dansent à l’intérieur de ma chatte pendant que je le branle de plus belle, il me baise des yeux, un sourire frémissant sur les lèvres et j’ondule à sa cadence, au rythme de son souffle. Je ne pense pas une seconde que je vais pouvoir jouir dans ces conditions, mais c’est follement excitant.

Mouton-Duvernet, notre wagon est épargné par les voyageurs mais sur le quai d’en face, deux jeunes mecs comprennent très clairement ce qui se passe et nous interpellent en riant :

« Ça va,  tranquille les exhibos ?!  »

Seul l’alcool semble m’empêcher de mourir de honte à cet instant. Lui, en revanche est resté très concentré et avec une assurance sans faille,  retire ses doigts, me soulève et m’assoit sur sa pine dont la raideur n’a plus rien d’aléatoire. D’ailleurs lorsque sa queue me fend, je ne peux réprimer un gémissement qui fait tourner la tête de notre indésirable du fond, mais heureusement, il ne semble pas noter notre manège. En tout cas, il fait parfaitement semblant… Je vais mourir de chaud dans mon manteau de laine, mais au moins il nous cache un peu.

Denfert-Rochereau, trois jeunes femmes rentrent en riant et parlant très fort et s’assoient sur les strapontins deux rangées plus loin. Je suis quelque peu troublée par leur présence et tente de m’extraire de l’emprise de mon occupant… En vain.

Il me maintient fermement par les hanches et ses légers coups de reins me font perdre très rapidement le sens des conventions. Je me perds à nouveau dans son regard enjoué et j’oublie le temps d’une danse la laideur de ce qui nous entoure.  Son rythme ralentit, et je le sens glisser sur la banquette pour me pénétrer plus profond encore, je suis liquide. Ses ongles s’enfoncent dans mes fesses pour les écarter et c’est à ce moment précis que je sais que je me suis trompée… Je plonge mon visage dans son épaule pour étouffer un cri libérateur. Montparnasse-Bienvenüe, je reprends mes esprits et il m’aide à reboutonner mon manteau à la hâte pour dissimuler l’état désastreux de mes jambes nues parcourues de toiles d’araignées de nylon.

je me glisse sur le côté et m’assois près de lui, affrontant le regard visiblement entendu d’un type de notre âge, assis dans le carré de banquettes à notre droite. Nous restons silencieux quelques stations. Puis nous descendons tous les deux, métro Strasbourg St Denis.

« Tu fais chier Marla, c’est toi qui me demandes de te montrer comment je t’aurais draguée si tu m’avais laisser faire et tu ne peux pas t’empêcher de saboter tous mes effets… »

Je glousse et attrape sa main. Nous courrons pour ne pas rater la correspondance….

Nous vous excusons pour la gêne occasionnée…

13 Oct

Et merde ! Elle était pourtant bien partie l’histoire, elle était pleine de promesses coquines.

On s’était cherchés des yeux dans le bar, on s’était accrochés avec quelques phrases à double sens, on s’était attrapé la bouche au détour d’une rue, je l’avais même laissé me mettre la main dans la culotte dans son ascenseur, on s’était agacés, titillés, allumés sur le canapé et on avait rampé maladroitement en tenue d’Eve jusqu’au lit (ou mieux, sur la peau de bête devant la cheminée) et là…

–       Ça ne m’arrive jamais normalement!

–       C’est pas grave.

–       Mais si putain, j’ai méchamment envie de toi, là tout de suite !

C’est con, moi aussi, j’en a méchamment envie, je suis même à deux doigts de me transformer en flaque, mais je suis bien éduquée et on se connaît pas trop, alors je me tortille en silence et je marche sur des œufs (sans jeu de mots), histoire de ne pas le froisser.

Calme Marla ! Ce n’est pas la première fois que ça arrive et certainement pas la dernière… Certes, il s’agit bien d’un état de crise… mais pas que pour lui. Outre la délicatesse de la phrase crasse et redondante « C’est la première fois que ça m’arrive! » qui laisse entendre qu’on est la raison de ce flop, c’est vrai qu’on ne sait jamais vraiment comment réagir pour ne pas envenimer les choses.

–             Nan mais c’est pas de ta faute…

Ah quand même ! J’avoue, je me repasse pourtant le film, histoire de me donner bonne conscience. Non, nous n’avons pas parlé de mon ex aux mensurations colossales avant de monter chez lui, ni de la sienne qui lui a brisé le cœur en se cassant avec un surfeur. Oui, j’ai traqué le moindre poil disgracieux qui aurait pu le rebuter, à priori mon déo n’a pas lâché et ma lingerie est magnifiquement assortie… Alors ? Peut-être qu’il a vu le petit bourrelet persistant que je traine depuis les fêtes de fin d’année ! Ou alors pire… J’aurais perdu la main pour allumer la mèche !

Naaaaan… Sur le canapé tout à l’heure, il était parfaitement vaillant le garçon !

Et là, un doute insupportable m’assaille : Aurions-nous dû rester sur ce putain de canapé défoncé et recouvert de taches douteuses ?

C’est terrible, mais dans cette situation je pense à ma mère, polluant mes oreilles chastes d’ado bouboule et mal dans sa peau :

« Tu sais ma chérie, il pourra arriver que ton petit copain n’ait pas d’érection. Souvent parce qu’il sera très ému, ou qu’il se mettra la pression… Dans ce cas là, il faudra le rassurer ou parler d’autre chose, ça ne sert à rien d’insister. Normalement ça revient plus tard. »

Ok mam’ mais là toute de suite c’est surtout l’éruption volcanique au niveau de mon bas ventre qu’il va falloir que je gère et aussi le fait que le jeune homme s’évertue à vouloir absolument m’introduire alors que le monstre n’a pas l’air d’accord du tout…

Je pense à mes copines aussi, celles qui disent sans ciller :

« Oh ma paaaaaauvre, heureusement moi, je n’ai jamais eu à gérer ça… »

Menteuses !

Note pour moi même : Ne plus jamais évoquer ce genre de choses avec de vagues copines…

Manquerait plus que je perde mon statut de bon coup en plus…

Bordel, et cette excitation qui ne me lâche pas !

Je suis bonne fille quand même, alors je ne fais pas que tergiverser, j’y mets du mien aussi… Je déploie le grand jeu, je flatte l’ego de mon amant, je lui sors même ce que je fais de mieux. Et  ça marche, le dragon se réveille de sa torpeur, il est tout émoustillé, je suis même à deux doigts de crier victoire… mais l’entrée en scène du préservatif vient saloper tout le boulot… Ah ouais, je l’avais presque oublié celui-là, ça aurait été trop simple…

A ce moment précis, je me mets à souhaiter ardemment (et égoïstement) qu’il ait la bonne idée de m’offrir un orgasme par d’autres biais, ce serait dommage que nous soyons deux à être déçus, non ? Ça, c’est un peu pile ou face en fait ! Parfois le mec ne voit pas du tout pourquoi il nous ferait ce plaisir alors que la bête a décidé de faire de la figuration. Faut pas déconner non plus !

« Ben juste parce que parfois, nous non plus on ne peut pas se servir de ce qui est le plus immédiatement évident et qu’on ne vous laisse pas en rade pour autant… Ah c’est pas pareil ? »

Ah bon.

Là il faut reconnaître que l’excitation est un peu tombée, voire complètement… J’essaie tout de même de dédramatiser parce que je le sens le poids de l’humiliation qu’il se colle sur le dos.

–                Mais t’inquiète, je fais ça à tous les mecs la première fois… Paraît que je

suis intimidante.

–                Ah ouais c’est ça hein… Je voulais te le dire justement…

–                Euh je déconne là… Ça faisait super longtemps qu’un mec…

–                C’EST BON, ÇA VA !

« Mais faut la fermer dans ces cas là Marla » m’avait un jour confié un de mes interlocuteurs préférés en matière de cul. Il avait continué : « Moi, ça ne m’arrive jamais (Evidemment !), mais en parler c’est la meilleure façon de nous mettre le nez dedans. »

« Mais alors on dit rien, c’est ça ? »

« Si, mais tu parles de tout sauf de ça… »

Okay…

Résumons :  Ça n’arrive à personne sauf à moi et aux quelques types qui ont partagé cette expérience inédite avec moi. Et il faut parler de tout autre chose….

–                   Sinon tu l’as vu le documentaire polémique sur Israël et la Palestine sur France 2 ?

–                   Humpf…

Aaah ! Ce moment unique où on entend la moindre mouche voler, les gargouillis de nos estomacs repus d’alcool alors même que l’ivresse de nos sens (et l’autre aussi) nous a complètement désertés !

Ceci dit je remarque souvent que c’est lorsque on a abandonné tout espoir d’une soirée de cul frénétique, que sur le pas de la porte ou sur le point de s’endormir, la magie s’opère.

–                Euh c’est quoi ce truc dur contre mes fesses ? Mais tu…

–                Chuuuut…

–                C’est que moi là tout de suite, j’ai plus tellement envie…

Y a pas à chier, c’est mystérieux une érection, presque autant qu’une libido féminine…

A l’aveuglette

8 Août

Les petites filles adorent se faire peur… Les grandes aussi.

Je ne te connaissais ni des dents, ni des lèvres, pourtant nous avions très vite échangé une étrange intimité à travers une relation épistolaire torride où nous nous vouvoyions à dessein. Tu habitais loin, le jeu risquait de ne se cantonner qu’à des mots pendant très longtemps.

Et puis tu es venu à Paris. « Un rendez-vous d’affaires » disais-tu, qui pouvait se prolonger en ma compagnie. Je ne suis pas née de la dernière pluie, et sais comme le passage du virtuel au réel peut être brutal. Je décidai donc de te retrouver dans la chambre coquette d’un hôtel, les yeux bandés, offerte à toi, sans jamais te voir.

Cinq minutes avant d’arriver tu m’avais appelée pour me prévenir. J’avais couvert mes yeux d’un foulard de soie et avais attendu sagement assise sur le lit, le corps paré d’une dentelle poudrée et d’escarpins noirs. Ces cinq minutes, c’est mon cœur chamade qui en a fait le décompte tant l’excitation pulsait dans mes tempes, tant l’appréhension gonflait dans ma gorge sans y avoir été invitée.

La porte s’est ouverte et j’ai entendu tes pas discrets sur le sol carrelé, le bruit de la veste que tu as retirée, j’ai senti l’effluve léger de ton eau de toilette, fraîche, masculine, inconnue. Tu t’es penché, tu as posé tes lèvres sur mon cou et tu es remonté jusqu’à mes lèvres et l’effronterie de ton baiser m’a retourné les sens. Quand tu as cessé, tu es venu chuchoter à mon oreille :

« Bonjour mademoiselle, vous êtes vraiment ravissante… »

J’ai ri un peu nerveusement, de tes mains expertes tu as saisi mes hanches et tu m’as fait glisser sur le couvre-lit et tu es parti à la découverte de mes secrets. Comme une captive dont la privation de la vue retire toute initiative, je me suis laissée faire, lascive.  D’un geste sûr tu as m’as débarrassée de mon écrin de dentelles et j’ai senti tes doigts me fouiller avec la précision d’un orfèvre, tes lèvres et ta langue me manger comme un fruit. Tandis que je me tortillais comme une anguille, la perception de tous les sens qui me restaient, en était décuplée.

Parfois j’essayais de reprendre le contrôle de la situation, je n’ai pas l’habitude de me laisser faire sans riposter, mais tu ne m’en as pas laissé la possibilité. Tu faisais claquer ta langue sur ton palais en signe de désapprobation et continuais ton œuvre, oserais-je dire « bienfaitrice » ?

Ton autre main à plat sur mon pubis pour m’immobiliser, tes doigts sont devenus plus invasifs et ta bouche plus audacieuse. Le fourmillement de mes reins s’est fait plus intense et puis j’ai eu une impression soudaine de silence avant la tempête, comme une pause avant que mon plaisir ne jaillisse comme un allegro forte qui m’a laissée le souffle coupé quelques minutes sur le flanc.

Tu es remonté à ma hauteur et tu m’as soufflé :

« Remettez vous ma chère, je n’en ai pas terminé avec vous ! »

En m’accusant de tricher, tu as réajusté mon bandeau alors que pour rien au monde je n’aurais voulu pêcher par curiosité. Tu m’as fait rouler sur le ventre et placé un oreiller pour surélever ma croupe. Puis tu as écarté mes cuisses. A cet instant, je me suis sentie offerte, impudique et chienne, frissonnant et jubilant que tu devines mes attentes sans avoir besoin de te les dire.

Tu as joué quelques instants en caressant ma fente frémissante du bout de ton épée et puis tu m’as fendue impudemment, sans demander ton reste. Chaque assaut était la promesse d’une volupté croissante,  je t’accompagnais ondulante, parfaitement à l’écoute du rythme que tu m‘insufflais, titillant de concert mon petit bouton électrisé. Je me sentais pleine de toi, habitée, ravagée. Tu ne m’as pas lâchée jusqu’à ce qu’un orgasme explosif vienne me déchirer les entrailles.

Nous sommes restés là, emboités, sans parler, une éternité, peut-être deux. Et quand exsangue je t’ai senti approcher ton visage du mien et me souffler :

« Voulez vous me voir à présent… »

Je n’ai pas répondu tout de suite. Je connaissais tes mains, ta bouche, ta queue, avais-je vraiment envie d’y mettre un visage ? J’ai finalement acquiescé et quand la lumière jaune de l’été eut fini de m’éblouir j’ai plongé dans tes deux jolis lacs bleus qui me fixaient.  Après ça, comme un cliché, nous nous sommes tutoyés…

Les petites filles adorent se faire peur, mais elles aiment aussi que les histoires se terminent bien… Les grandes aussi.

Cul de sac

1 Août

Il y a des rencontres sensuelles qui sont incompréhensibles. On ouvre son lit sans grande conviction à quelqu’un qui ne nous plait pas vraiment, parce qu’on s’ennuie, parce son corps le réclame, ou pour combler ce qui est déserté par les sentiments. On est blasée, un peu amère, on n’est même pas vraiment là. Et soudain la sensualité se réveille au contact de cette peau inconnue comme une ogresse après un long sommeil.

Tout vous sépare, votre union rassemble à elle seule tous les impossibles en terme de sensibilité, de goûts, de culture parfois, de convictions souvent, de disponibilité aussi… Et pourtant c’est indéniable vous corps s’embrasent, vos vices parlent la même langue, les effluvent se marient à la perfection, le cocktail est explosif, votre incompréhension est le terreau fertile de cette entente sulfureuse. Chaque étreinte ressemble à une mise à mort, vos baisers sont des morsures, les caresses des gifles et le lit, un champ de bataille.

La vue se brouille, le plaisir exaltant vient gommer les imperfections qui nous avaient gardés à distance. Le lourdingue devient soudain charmant, l’idiot a une « spontanéité déconcertante » et celui qu’on trouvait ordinaire a finalement un sourire « désarmant ».

L’addiction devient tenace et les autres corps ont la fadeur d’un bouillon lyophilisé. On se damnerait pour un coup vite fait dans le hall d’un immeuble, les fesses en plein courant d’air alors qu’on aime son petit confort. On se trahit jour après jour pour l’ivresse irréelle d’une nouvelle page, vide de sentiments amoureux mais chargée d’adrénaline. On se délecte dans une soumission feinte qui devient concrète quand l’autre vient à nous manquer viscéralement après quelques jours d’absence. On se ment, on se raconte qu’on peut arrêter quand on veut, comme la cigarette…

On devient chiante, pesante comme si l’autre était un dû, une pitance pour animal affamé. On est insatiable et frustrée parce qu’à part la jouissance et l’extase du moment présent, rien n’apaise ni ne console. L’obsession atteint un seuil de non retour et en regardant lucidement son reflet dans la glace on se trouve cernée, grise bref pathétique dans ce rôle d’esclave de ses propres sens.

On recouvre le discernement une après-midi, quand on se surprend à fixer une toile d’araignée dans le coin de la chambre alors qu’on se fait besogner fiévreusement. On est guérie,  il est temps de se remettre à faire le ménage et de relire ses livres de chevet.

 La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil…  (René Char)

The best birthdays of all are those that haven’t arrived yet.

25 Juil

Je suis sortie avec  3 types de mecs :

  • Ceux qui, avec une pudeur déplacée, ont ignoré mon anniversaire,
  • Ceux qui m’ont refilé des trucs pires que ce qu’ils avaient offert à leur génitrice à la fête des mères,
  • Ceux qui me l’ont souhaité par mail / FB / Twitter.

(Si je veux être exhaustive, il existe une 4ème catégorie, celle des tocards qui ont répondus alternativement aux 3 types précédents et qui, du jour où je les ai quittés, ont profité de cette sainte journée pour m’envoyer des mails larmoyants au nom du « bon temps », comme pour me forcer à leur parler ne serait-ce que pour leur répondre aimablement.)

Cette année, mon nouveau copain aimant me l’a souhaité par message privé (après avoir passé le week-end avec moi).

Le mec de 2010 m’avait droppé « Bonne journée » sur mon wall FB.

L’année d’avant, le gars a fait le mort après m’avoir sauté et promis monts et merveilles (notamment une relation stable) à ma birthday party.

L’année encore avant, le mec avait ignoré mon anniversaire car il était en voyage aux US (j’imagine que les américains n’utilisent pas comme nous un calendrier Grégorien).

Restons concis, sur ces dix dernières années mon plus grand trophée est un t-shirt « Barbie is a slut ».

Je trouve qu’il y a une sensible amélioration (message privé > ignorance pure et parfaite), je peux vraisemblablement espérer que mon copain de 2015 me le souhaite de vive voix mais pour le cadeau, ce ne sera pas avant mes  40 ans. Cela viendra probablement de mes enfants, ne nous voilons pas la face. Ou, tant qu’à être parfaitement honnête, de mon amant (parce que si mes copains se sont illustrés dans la nullité la plus totale, les ex plans culs et dragueurs BG, eux, savent saisir l’occasion de me montrer qu’ils aiment me faire plaisir).

The best birthdays of all are those that haven’t arrived yet…