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Cul de sac

1 Août

Il y a des rencontres sensuelles qui sont incompréhensibles. On ouvre son lit sans grande conviction à quelqu’un qui ne nous plait pas vraiment, parce qu’on s’ennuie, parce son corps le réclame, ou pour combler ce qui est déserté par les sentiments. On est blasée, un peu amère, on n’est même pas vraiment là. Et soudain la sensualité se réveille au contact de cette peau inconnue comme une ogresse après un long sommeil.

Tout vous sépare, votre union rassemble à elle seule tous les impossibles en terme de sensibilité, de goûts, de culture parfois, de convictions souvent, de disponibilité aussi… Et pourtant c’est indéniable vous corps s’embrasent, vos vices parlent la même langue, les effluvent se marient à la perfection, le cocktail est explosif, votre incompréhension est le terreau fertile de cette entente sulfureuse. Chaque étreinte ressemble à une mise à mort, vos baisers sont des morsures, les caresses des gifles et le lit, un champ de bataille.

La vue se brouille, le plaisir exaltant vient gommer les imperfections qui nous avaient gardés à distance. Le lourdingue devient soudain charmant, l’idiot a une « spontanéité déconcertante » et celui qu’on trouvait ordinaire a finalement un sourire « désarmant ».

L’addiction devient tenace et les autres corps ont la fadeur d’un bouillon lyophilisé. On se damnerait pour un coup vite fait dans le hall d’un immeuble, les fesses en plein courant d’air alors qu’on aime son petit confort. On se trahit jour après jour pour l’ivresse irréelle d’une nouvelle page, vide de sentiments amoureux mais chargée d’adrénaline. On se délecte dans une soumission feinte qui devient concrète quand l’autre vient à nous manquer viscéralement après quelques jours d’absence. On se ment, on se raconte qu’on peut arrêter quand on veut, comme la cigarette…

On devient chiante, pesante comme si l’autre était un dû, une pitance pour animal affamé. On est insatiable et frustrée parce qu’à part la jouissance et l’extase du moment présent, rien n’apaise ni ne console. L’obsession atteint un seuil de non retour et en regardant lucidement son reflet dans la glace on se trouve cernée, grise bref pathétique dans ce rôle d’esclave de ses propres sens.

On recouvre le discernement une après-midi, quand on se surprend à fixer une toile d’araignée dans le coin de la chambre alors qu’on se fait besogner fiévreusement. On est guérie,  il est temps de se remettre à faire le ménage et de relire ses livres de chevet.

 La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil…  (René Char)

Oh, j’ai oublié de me présenter…

17 Oct

Permettez-moi de rebondir sur l’article de Lara, celui qui parle de 5 choses que vous devriez maintenant savoir par coeur. Parce qu’on y voit bien la difficulté de mener une vie sexuelle quelle qu’elle soit sans subir le regard des autres, à 300% critique. Et puisqu’on parle de nombre d’amants, mon compte personnel choquerait probablement mes grands parents, ferait doucement sourire mes parents, et éveille quelques jalousies chez certaines de mes amies moins bien loties, encore que le seul critère du chiffre soit un bien mauvais étalon de la qualité. Alors que Lara s’est fixée sur un nombre totem qui ne fait ni trop peur, ni trop sage (9, pour les fainéants qui n’auraient pas encore lu l’article), j’ai pris le parti jusqu’à présent de ne jamais mentir à ce sujet. Parce que j’ai appris que je faisais ce que je veux de mon corps, parce que j’ai toujours eu du respect pour ceux dont j’ai partagé le lit ou la vie et parce que je n’ai pas à rougir de les avoir connus. Je n’ai pas non plus ménagé ceux qui m’ont naïvement demandé non combien d’hommes j’avais connu mais combien de fois j’avais fait des galipettes : bien trop pour me souvenir du dixième.

Déjà, le nombre pose problème, mais quand on rentre dans le détail des pratiques, même pas la peine d’espérer passer entre les gouttes: si on sort des sentiers battus, il y aura forcément quelqu’un pour crier au scandale. A croire que la majorité des gens ne connaissent que le missionnaire bâclé, et que l’Homme a le monopole de l’orgasme. Et si c’est effectivement le cas, ça me donne envie de pleurer devant tant de gâchis. Je ne me sens pas particulièrement « déviante », et pourtant j’ai souvent passé sous silence certains de mes petits plaisirs au lit ou ailleurs, après avoir entendu un cassant « ah mais ça, je ne comprends pas qu’on puisse aimer, c’est dégueu!!». Moi non plus je ne comprends pas, je le ressens, débile!

Alors je vais profiter de mon anonymat tout relatif pour enfin dire tout haut ce qui m’attire, ce qui me repousse, et ces fantasmes que je compte bien réaliser.

J’aime les hommes, mais je n’aime que moyennement les poils. J’aime garder la lumière allumée, que ça fasse du bruit, que ce soit juste assez brutal pour le ressentir encore le lendemain. J’aime aussi que l’on me rende folle à force de lenteur. Ou que ce soit soudain et vif. Je me sens gauche et ridicule en amazone, mais experte et audacieuse en levrette. Je refuse systématiquement tout préliminaire à mon égard, hormis baisers, morsures et caresses. Je regarde souvent du porno, et m’en inspire parfois. Je raffole des contacts, et même celui de ma propre peau lorsque je croise mes jambes m’excite. Je trouve que les paroles n’ont pas vraiment leur place au milieu du sexe. J’ai testé et aimé la sodomie, et bloque maintenant sur le côté sale. Je me masturbe presque quotidiennement. J’adore qu’on me lèche les pieds et qu’on m’attache les poignets, mais déteste les massages et chatouilles mal faits (si un dieu des massages lit cet article… qu’il se fasse connaitre, surtout s’il a entre 25 et 35 ans). Dominer m’effraie, me soumettre m’excite. J’aime embrasser les filles, mais pas coucher avec. Je ne conçois pas de première rencontre sexuelle sans une dimension de performance : nombre, lieux ou positions improbables. Je n’ai jamais joui sans invoquer le même fantasme de plusieurs hommes pour moi. Je suis incapable de dire de vive voix des mots du sexe de moi-même, et adore qu’on m’y force. Je n’ai jamais utilisé de sex-toy mais ne compte pas mourir idiote. Si le pénis me fascine, je déplore ne m’être pas encore assez intéressée à ses petites sœurs. Je rêve de le faire sur un toit (et j’ai bien failli le faire), et sur la table de la cuisine.

Et pour finir, je n’aime rien tant que rencontrer quelqu’un pour me faire changer d’avis.

Voilà, je suis bourrée de complexes et petites hontes que j’oublie souvent de mettre de côté et qui parfois me brident, mais en règle générale je n’ai pas froid aux yeux. Assurément, beaucoup m’ont intérieurement traitée de salope, mais je continue à penser qu’il n’y a rien de honteux dans le plaisir.